Exposition : l’hommage tout en dérision des Beaux-Arts à Wolinksi

« Le talent n’a jamais suffi » (années 2000), de Georges Wolinski, feutres noirs et de couleur, correcteur blanc.

Georges Wolinski vomissait l’art contemporain. Il ne voyait en lui qu’un spectacle obscène et mercantile, dépourvu de toute forme de beauté. « Plus c’est cher, plus c’est beau ! (…) Il n’y a plus de limites au pire-que-tout. Le spectateur jouit devant l’insupportable, parce qu’il se sent supérieur, plus intelligent que celui qui a la nausée, qui ne comprend pas. Il ricane à la pensée de tous ces cons horrifiés, scandalisés, choqués, tous ces minus qui refusent d’être modernes et d’admirer le dégueulasse, le débectant et le moche », écrit-il dans un dessin publié dans Charlie Hebdo, en septembre 2008, dont l’original est présenté aux Beaux-Arts de Paris, aux côtés d’autres charges du même tonneau.

L’école de la rue Bonaparte, qu’il fréquenta en 1955 au sein de la section architecture, expose une quarantaine de pièces offertes par la famille du dessinateur assassiné il y a six ans, lors de l’attentat contre Charlie Hebdo. On conviendra que la direction des Beaux-Arts, établissement voué à former les créateurs de demain, ne manque ni de dérision ni d’esprit critique en mettant ainsi en avant ces diatribes mêlant texte et dessin dans lesquelles les plasticiens les plus célèbres en prennent pour leur grade.

Tracé épuré

Ainsi Arman, accusé de « casser, salir, empiler, accumuler, cabosser, entasser » des objets manufacturés, plutôt que de « célébrer la beauté du corps des femmes ». Ou Christian Boltanski, coupable du même péché d’amoncellement et de fabriquer du « néant » dans un atelier « désert ». Sans oublier Jeff Koons – sa tête de Turc préférée – accusé de « sculpter d’énormes chenilles gonflables » alors qu’il adore Courbet et Manet. Les journalistes sont lapidés de concert : « Pas un seul n’ose dire que c’est de la merde. » Idem des mécènes, au premier rang desquels François Pinault : « Avant, les riches aimaient l’art pompier, aujourd’hui, ils font les malins en achetant du scandale à prix d’or. Le problème, c’est que le scandale n’est plus scandaleux. »

Pourquoi tant de haine ? « Suis-je devenu un vieux con ? Après tout, pourquoi pas », s’interroge le polémiste. L’explication suffirait si Wolinski ne louait pas, en contrepoint, ses idoles à lui : Matisse, Manet et surtout Ingres (qui fut formé aux Beaux-Arts avant d’y enseigner). L’allégeance au trait le relie au père de la Grande Odalisque, comme c’est le cas de nombreux adeptes du tracé épuré, qu’ils soient illustrateurs, dessinateurs de presse ou auteurs de bande dessinée.

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