Exposition : l’immuable et intranquille magnétisme de Baselitz au Centre Pompidou

« Die Mädchen von Olmo II » [Les Filles d’Olmo II] (1981), de Georg Baselitz. Huile sur toile, 250 cm × 249 cm.

Dans quelques décennies, quand commencera à s’écrire une histoire complète de la création dans les dernières décennies du XXe siècle et les premières du XXIe, Georg Baselitz apparaîtra comme un cas malcommode pour qui voudra procéder par mouvements et catégories. La puissance visuelle et émotionnelle de ses peintures, sculptures et œuvres graphiques sera aussi évidente et irrésistible qu’aujourd’hui. Il ne fait guère de doute que l’on sera toujours aussi rudement secoué, et même blessé, par ses représentations de corps en lambeaux, ses têtes aux yeux exorbités et aux bouches criantes.

Dans la rétrospective qui se tient à Beaubourg, l’épreuve se répète régulièrement, quels que soient les dates des œuvres, les sujets et manières stylistiques. Des mots aussi galvaudés que magnétisme s’imposent, faute de mieux. Dans toutes ses expositions – il y en a eu de très nombreuses en Europe depuis une vingtaine d’années –, le phénomène se vérifie, et sa violence ne faiblit pas.

Il y a donc là un très grand artiste, l’un des plus grands actuels. Et cet homme accomplit une œuvre à l’écart, qui ne peut être comparée à aucune autre aujourd’hui. Parmi ses contemporains, Baselitz est seul, y compris parmi ses contemporains allemands de première importance – Gerhard Richter (né en 1932) et Sigmar Polke (1941-2010), qui peuvent être inscrits dans le pop art parce que ce sont des manipulateurs d’images déjà là. Lui, non. Il les fait surgir d’on ne sait où. Il est seul, comme l’étaient, en leur temps, Alberto Giacometti et Francis Bacon : indéfectiblement attachés à la figure humaine, à la peinture et à la sculpture, et indifférents aux modes et aux mouvements de leur époque. Ils ne relèvent donc d’aucun classement.

Débuts scandaleux

Pour mesurer la singularité de Baselitz, il faut l’histoire. Né sous le nom de Hans-Georg Kern, en 1938, dans le village de Deutschbaselitz, près de Dresde, il est enfant au moment de la destruction de la ville, bombardée en février 1945. Il en voit les ruines peu après, et vit, encore enfant, l’effondrement du IIIe Reich. Il est adolescent en République démocratique d’Allemagne, sous domination soviétique, et élève à l’Ecole des beaux-arts de Berlin-Est en 1956. Il en est expulsé l’année suivante, parce que ses travaux portent la marque de Picasso, dont le réalisme socialiste a horreur. Il passe la frontière entre les deux moitiés de la ville et est admis aux Beaux-Arts de Berlin, côté Ouest.

Une vie régulière, mais intranquille : plusieurs scandales l’ont agitée, ce qui ne saurait surprendre d’un artiste qui refuse de transiger

Il vous reste 71.49% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.