Exposition « Orbital Orchestra » : visite d’un chantier « supersonique », à la rencontre des arts plastiques et du son

Vue de l’exposition « Orbital Orchestra », au Palais des beaux-arts de Paris, en juillet 2021.

La rencontre des arts plastiques et des arts du son donne lieu à des œuvres qui relèvent, en général, du principe de l’installation. Conçues dans le cadre d’une collaboration ponctuelle entre des représentants des deux bords ou réalisées par un artiste polyvalent, ces explorations de l’univers du multimédia témoignent souvent d’un déséquilibre dans la gestion des matériaux : réfléchie, voire sophistiquée, pour l’élément plastique ; anecdotique, sinon indigente, pour son complément sonore.

L’Institut de recherche et de coordination acoustique/musique (Ircam) et l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris se sont unis pour tenter d’améliorer la situation, consécutive, selon eux, à un déficit de formation. Une chaire « Supersonique » a été ainsi créée en 2020 pour « exposer, monter et habiter le son ». Neuf étudiants des Beaux-Arts et quatre stagiaires de l’Ircam ont donc fait leurs gammes interactives pendant près d’un an. Leurs travaux, principalement collectifs, rythment le parcours d’une exposition, intitulée « Orbital Orchestra », présentée jusqu’au 18 juillet au Palais des beaux-arts de Paris.

Ecrans noirs

En entrant, un panneau numérique indique leur titre, leur emplacement et le nom de leurs auteurs. En théorie – postulat mis à mal par quelques bugs –, un signal lumineux permet de savoir à quelle œuvre correspond la musique que l’on entend, sachant que la « partition numérique » résultant de l’ensemble est diffusée en boucle. Il apparaît très vite que l’oreille est cette fois plus sollicitée que l’œil. La plupart des écrans accrochés aux murs demeurent désespérément noirs (les vidéos n’arrivent pas !), alors que, de la douzaine de haut-parleurs répartis dans la salle, se répand une musique qui pourrait se suffire à elle-même.

C’est le cas (si l’on a bien compris) du « portail captif », d’Héloïse Delcros, qui trône au centre de la salle par le biais de quatre enceintes montées sur pied, comme des totems de science-fiction. Autour de cet Invisible, déclinaison de la création en studio sous-titrée « Manifesta » (clin d’œil au festival ManiFeste de l’Ircam, dont la programmation a inclus l’inauguration, le 16 juin, de l’expo « Supersonique »), les installations proprement dites ont du mal à s’activer. On se contente alors d’apprécier les cinq études électroacoustiques de Maxime Mantovani comme autant d’invitations à l’errance.

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Sculpture sonore

Le jeune compositeur se distingue également dans le registre de la résonance avec Elechtone, œuvre réalisée à partir d’une gigantesque cloche en argile marine, qu’ont modelée Thomas Lefevre et Marc Lohner. Dans un genre très différent, Système 60, de Pierlouis Clavel, constitue aussi une indéniable réussite. Faite de matériaux de récupération, cette sculpture sonore s’inscrit dans un réseau de brouillages et de parasitages des sources qui correspond bien à son apparence déglinguée.

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