Exposition : récits intimes d’Algérie à la Maison des arts de Malakoff

« Fono-type » (2018), de Walid Bouchouchi. Installation. 44 affiches, C-print , 40 x 60 cm.

Dix artistes algériennes et algériens sont réunis à la Maison des arts de Malakoff (Hauts-de-Seine). La plupart sont nés à Alger ou à Oran, dans les années 1960 et 1970. Leurs ateliers sont en Algérie et en France. Leurs modes de création sont divers, du dessin à la vidéo, l’installation et la performance.

Seul point commun : des références directes ou indirectes à l’histoire de leur pays, de la période coloniale à aujourd’hui, avec prédominance de la période la plus récente, celle de la recrudescence de l’immigration et, depuis 2019, celle des manifestations du Hirak, pour la liberté. Il en est de narratives et documentaires, et d’autres qui relèvent d’une symbolique. Loin de s’opposer, des modes se complètent et se répondent.

De la nécessité de faire et de dire une histoire qui ne soit pas celle des discours officiels, Fatima Chafaa est exemplaire. Son installation se compose d’images et de documents affichés au mur ainsi que d’une vidéo. Le sujet est simple, une chronique familiale. Elle commence en 1956, avec la destruction par l’armée française du village natal, Takamra, en Kabylie, et le transfert forcé de sa population au bord de la mer, dans une station qui s’appelle alors Guyotville – aujourd’hui Aïn Benian –, où des quartiers entiers sont construits pour loger les déportés, ce qui en fait alors la ville la plus kabyle de l’Algérois.

Mais cet épisode terrible n’est pas le seul qui soit marqué par la douleur car, en suivant les destins de ses frères et sœurs, Fatima Chafaa rappelle des sujets bien connus pour les uns – la cause kabyle, l’immigration en France, le terrorisme islamiste – et moins pour d’autres – les luttes syndicales en régime socialiste, les combats féministes, la crise économique des années 1980. Ainsi construit-elle une narration intime et collective qui énonce simplement, sans emphase, ce qui s’est passé.

Questions de cultures

Bien qu’elle soit placée à la fin du parcours, on conseillerait de commencer avec elle, d’autant plus que de nombreuses autres œuvres s’attachent plus particulièrement à des moments de ce long récit. Louisa Babari montre les relations entre Algérie postcoloniale et ce que l’on appelait alors « bloc de l’Est », à travers son film Journal d’un étudiant algérien à Moscou et les trois collages d’Un chant secret, chefs-d’œuvre de montages quasi cubistes à décrypter dans le détail.

Les questions de langues et de cultures spécifiques, autorisées ou proscrites, sont communes au film de Sabrina Idiri Chemloul et Fatima Idiri, qui a pour héroïnes les chanteuses et danseuses des Aurès, et à l’installation murale de Walid Bouchouchi, inventeur d’idéogrammes qui pourraient appartenir au tamazight à l’arabe et au français, les trois langues les plus parlées en Algérie.

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