Exposition : Vivian Maier, une photographe laissée dans le flou

Autoportrait de Vivian Maier, Chicago, 1956, tirage argentique de 2014.

Tout, chez Vivian Maier, est extraordinaire. L’histoire de sa redécouverte tient du miracle. Tout en travaillant comme nounou toute sa vie, au service de familles à New York ou Chicago, des années 1950 aux années 1980, cette photographe obsessionnelle a accumulé une œuvre immense qu’elle n’avait jamais exposée au public, quasiment pas montrée, rangeant les négatifs sans toujours les développer.

C’est un ancien étudiant en art devenu agent immobilier, John Maloof, qui, en 2007, a acheté des cartons de négatifs et diapositives dans une vente aux enchères et, tombé sous le charme des images, s’est mis en quête de découvrir l’identité de cette photographe inconnue et de la mettre en valeur.

Morte en 2009, seule et perturbée par des problèmes psychiatriques, sans enfants ni famille, Vivian Maier n’aura jamais rien su de l’emballement qui a suivi : des expositions et des livres à l’incroyable succès populaire, des tirages posthumes vendus comme des petits pains. Mais aussi des conflits houleux entre les différents découvreurs des archives, les très lointains cousins de Vivian Maier, pistés par des généalogistes, et les avocats nommés pour gérer la succession.

Au Musée du Luxembourg, à Paris, une exposition d’ampleur fait le point sur l’œuvre de la photographe, dont le travail sur les archives a livré, ces dernières années, toujours plus d’images fortes. On y retrouvera ce qui fait la singularité de son regard : des autoportraits aussi nombreux que mystérieux, des photos de rue pleines de charme aux détails révélateurs sur l’époque et sur la nature humaine, des portraits d’inconnus tendres ou acides, auxquels s’ajoutent des films et des tirages d’époque jusqu’ici inédits. Vivian Maier, qui a vécu une partie de son enfance en France, semble réussir la synthèse entre la tradition de la photo humaniste à la française et la photo de rue américaine.

Vivian Maier, Chicago, 1954, tirage argentique de 2014.

Sens de la composition

La photographe a visiblement l’œil partout : elle s’arrête sur une coiffure élaborée, un accroc sur un manteau, épie les disputes dans la rue ou les enlacements des amoureux, les pleurs d’un enfant. Avec un sens de la composition très sûr, cette autodidacte capte l’énergie de la ville dans des plans larges et bien sentis. Mais elle sait surtout se poster sous le nez des gens qui la contemplent, surpris et désarmés, totalement naturels devant l’objectif : un sans-abri au regard perdu, un homme d’affaires soucieux, une dame méfiante sous sa voilette, une jeune femme noire chic à la beauté pleine d’assurance. Ce regard cru et sans concession, qui plonge avec la même intensité dans les douceurs et les douleurs de l’existence, fait tout le sel de l’œuvre.

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