Face à la hausse des prix de l’essence et du gazole, la montée du superéthanol

A une station-service de Bordeaux, en 2008.

La cuve numéro 16 n’est pas la plus géante ni la plus spectaculaire du dépôt Total de Gennevilliers (Hauts-de-Seine), pourtant, ce 7 octobre, elle attire tous les regards des visiteurs. Sa particularité : elle contient non pas de l’essence ou du gazole comme ses voisines, mais de l’éthanol, un alcool issu de produits agricoles (betterave, blé ou maïs), autrement dit, la base de l’E85 ou « superéthanol », l’agrocarburant en train de devenir l’une des alternatives à l’essence fossile les plus en vogue.

Le géant pétrolier et Ford France ont choisi le dépôt francilien pour présenter leur offensive dans l’E85 : l’un, le déploiement de ses pompes spécifiques (200 en 2018, 800 aujourd’hui) ; l’autre, sa nouvelle gamme de six véhicules dits « Flexifuel », c’est-à-dire, pouvant rouler aussi bien au SP95 ou 98 qu’au superéthanol. C’est un pari pour Ford, pionnier, depuis vingt ans, de ce type de motorisation. Le constructeur américain mise ici sur un carburant qui est confidentiel dans les autres pays d’Europe (Suède exceptée), mais qui a fait une percée en France ces trois dernières années.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Le superéthanol E85 s’ouvre à de nouveaux marchés

Entre 2018 et 2021, la consommation hexagonale d’E85 aura augmenté de 130 %, pour atteindre 1 % de la consommation de carburants en France (4 % des essences). Un faisceau de causes explique ce début d’engouement. Les hausses de prix, en 2018, de l’essence et du gazole, associées à la possibilité de faire installer, depuis 2018, un boîtier homologué (pour 700 à 1 600 euros) sur son véhicule à essence, ont contribué à lancer le marché de ce carburant qui s’achète aujourd’hui 70 centimes d’euro le litre, quand le SP95 dépasse 1,55 euro.

Des carburants alternatifs moins taxés par l’Etat

Ford s’est d’abord lancé, en 2019, avec un SUV Flexifuel, le Kuga, qui a instantanément connu un vif succès. « Nous sommes passés d’un “mix” de ventes de 90 % diesel à 85 % Flexifuel en quelques jours, souligne Louis-Carl Vignon, président de Ford France. En six mois de commercialisation, nous avons vendu 6 000 Kuga E85 dans l’Hexagone. » Ce résultat a convaincu Ford Europe d’étoffer, cet automne, la gamme Flexifuel pour la France, avec trois voitures supplémentaires (Fiesta, Puma, Focus) et deux utilitaires. Ford couvre ainsi presque tous les segments du marché français et se retrouve le seul vrai généraliste à proposer des véhicules compatibles avec l’E85. Le britannique Jaguar Land Rover, qui n’est pas un concurrent direct, propose aussi trois modèles roulant au superéthanol.

Le retour des prix élevés – le diesel dépasse désormais 1,50 euro à la pompe – fait les beaux jours des carburants alternatifs moins taxés par l’Etat. Ford rêve peut-être de réussir avec l’E85 ce que Dacia est parvenu à accomplir avec le gaz de pétrole liquéfié (GPL). Ce dernier, vendu 0,90 euro le litre, en moyenne, fait une spectaculaire percée, à 3 % des ventes de voitures en France en 2021, soit 3,4 fois plus qu’en 2020 et 18 fois plus qu’en 2019. La bicarburation GPL (le véhicule cumule essence et gaz) représente désormais un tiers des ventes de Dacia, qui la propose sur ses best-sellers Sandero, Logan, nouveau Duster et nouveau Jogger.

Il vous reste 38.81% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.