Face à la pénurie d’essence, Boris Johnson ouvre les visas aux camionneurs étrangers

Une station d’essence à Liverpool, en Angleterre, le 23 septembre 2021.

« Désolé, hors d’usage. » Le petit panneau a été accroché aux pistolets des pompes à essence de cette station du sud de Londres. A la suite d’un afflux inhabituel de clients, samedi 25 septembre, il n’y a plus aucun carburant ici, comme dans des centaines d’autres stations-service au Royaume-Uni.

Le pays connaît une pénurie d’essence, conséquence de la très mauvaise gestion d’une crise qui mélange Covid-19, Brexit et panique des automobilistes.

La police du Lincolnshire (nord de l’Angleterre) a demandé à ces derniers d’éviter de faire la queue aux stations-service, la longueur des files d’attente risquant d’encombrer les routes. BP a fermé une vingtaine de ses stations (sur 1 200) et près d’une centaine ne dispose pas de tous les carburants. EG Group, qui possède 341 stations, a imposé une limite d’achat de 30 livres (35 euros) par client.

« Et maintenant, nous roulons à vide »

De fait, le Royaume-Uni manque non pas d’essence mais de camionneurs pour la transporter. Comme la plupart des pays d’Europe, il fait face à une pénurie de chauffeurs routiers. Cette profession n’attire pas, de longue date, et la pandémie a profondément désorganisé le métier : les examens pour les permis de conduire ont été gelés pendant les différents confinements, et la soudaine réouverture des économies provoque une hausse de la demande que les transporteurs peinent à honorer.

Mais la situation est pire outre-Manche à cause du Brexit. Longtemps, les chauffeurs d’Europe de l’Est sont venus compenser le manque de main-d’œuvre. Pendant la pandémie, ils furent nombreux à rentrer dans leur pays, préférant passer les périodes de confinement en famille. Beaucoup ne sont pas revenus. Et, depuis le 1er janvier, date à laquelle le Royaume-Uni est officiellement sorti du marché unique, il n’est plus possible de faire venir une nouvelle main-d’œuvre sans permis de travail.

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Depuis des mois, l’Association britannique des transporteurs routiers s’alarme de la situation. Selon elle, il manquerait 100 000 chauffeurs dans le pays. Depuis des mois, les commerçants se plaignent : les livraisons arrivent en retard et sont souvent incomplètes. Dans les supermarchés, des rayons vides ou clairsemés sont devenus courants. Des restaurants ont fait face à des pénuries passagères de poulet, de milk-shakes, d’emballages

En cette fin de semaine, le phénomène a fini par toucher les pompes à essence. Jeudi, quelques dizaines d’entre elles ont dû fermer. La presse en a fait ses gros titres. « Et maintenant, nous roulons à vide », vociférait le Daily Mail vendredi.

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