Face à l’afflux de baigneurs, les calanques de Marseille veulent mettre fin au libre accès

Dans la calanque de Sugiton, le 25 juillet 2020.

Il est loin le temps où Matisse peignait l’eau cristalline des calanques marseillaises en toute tranquillité. Pour prévenir la surfréquentation des mois d’été, le parc national des Calanques envisage d’instaurer une jauge quotidienne de personnes autorisées sur le site, grâce à une plate-forme de réservation numérique.

Le dispositif et ses modalités d’application devraient être actés mardi 13 juillet, à la suite d’un conseil d’administration. Il sera notamment décidé si cette mesure sera appliquée dès cet été. Ce système de réservation, gratuit, serait une première en France, où les espaces naturels sont libres d’accès. Dans d’autres pays, aux Etats-Unis, au Costa Rica ou au Chili, payer un ticket pour randonner dans un parc national est fréquent.

A l’été 2020, la calanque d’En-Vau a atteint des pics à 3 500 visiteurs par jour, soit deux fois plus que l’année précédente. Une plage déjà saturée en temps normal. La ville de Marseille accueillait sur la même période près de 3,5 millions de touristes, soit une augmentation de fréquentation de 60 % par rapport à 2019.

« Autant de touristes que de locaux »

Le parc a connu un autre phénomène troublant : lors des derniers week-ends de novembre 2020 et de janvier 2021, la fréquentation du site était semblable à celle de la saison estivale. « L’année dernière, les Français ne sont pas partis à l’étranger à cause de la Covid-19, et ils ont privilégié les déplacements de proximité. La particularité de notre site est qu’il accueille autant de touristes que de locaux qui ne sont pas partis en vacances », tente d’expliquer François Bland, le directeur du parc national.

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Les 8 500 hectares du parc national des Calanques, répartis entre les communes de Marseille, de Cassis et de La Ciotat, abritent une centaine d’espèces animales et végétales protégées. Or la surfréquentation a un sérieux impact sur l’environnement.

L’érosion des sols d’abord, avec des pins qui risquent de se déchausser, à force de promenades, parfois hors des sentiers. Mais aussi sur la flore sous-marine, comme l’herbier de posidonie, une plante robuste et très utile contre le réchauffement climatique mais souvent arrachée par l’ancre des bateaux. C’est la raison principale de l’interdiction, depuis le 20 mai, pour toutes les embarcations (incluant les petites de location, de plus en plus prisées) de mouiller dans les calanques très fréquentées d’En-Vau et de Port-Pin.

Après vingt-cinq années d’ère Gaudin, qui avait misé sur ces superbes criques pour favoriser l’attractivité de Marseille, le parc national des Calanques, créé en 2012 afin de prendre soin de cet espace, a entamé un virage. Les mesures de réservation et d’interdiction de mouillage s’inscrivent dans une campagne plus large de « démarketing » inédite en France.

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Désormais, sur son site Internet, le parc met en garde : « eau froide », « accès difficile ». Les titres ne sont pas plus attrayants : « Survivre aux calanques et… », « … Survivre aux autres ». Des propos accompagnés de clichés de plages bondées ou d’articles sur l’impact des réseaux sociaux sur le parc, avec la publication de photos idylliques mais trompeuses. Un moyen comme les autres de refroidir les promeneurs.