Face au changement climatique, le tourisme fait son introspection et évite l’action

Des icebergs qui se sont détachés du glacier Breidamerkurjökull dérivent vers l’océan, sous le regard des touristes, à Hof (Islande), le 15 août 2021.

Deux jours à Evora, charmante ville historique de l’Alentejo (Portugal), pour débattre de l’avenir du tourisme et de sa révolution verte. Un forum sur la « soutenabilité » du secteur sans tri sélectif, avec distribution de bouteilles d’eau en plastique et emballages par centaines, convoiement des participants en avion, puis voiture à moteur thermique : l’industrie n’aurait pu mieux s’y prendre pour illustrer les contradictions dans lesquelles elle s’enferre, entre prise de conscience véritable et passage à l’action encore timide.

Les observateurs les plus expérimentés décrivent un bouleversement identitaire, incarné par le sous-titre de ce congrès, A World for Travel, qui s’est tenu jeudi 16 et vendredi 17 septembre : « Transformer le voyage pour développer sa soutenabilité ». Un événement entièrement consacré à cette thématique ? Jamais cela n’aurait été possible avant, insiste-t-on. Mieux : « Il y a deux ans, c’était surtout un thème de colloque ; aujourd’hui, c’est devenu une réalité concrète, qui irrigue les actions du gouvernement, mais aussi des entreprises », assure Jean-Baptiste Lemoyne, le secrétaire d’Etat au tourisme.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Tourisme : « Si nous ne faisons rien, les consommateurs et les gouvernements nous sanctionneront »

A la pluricentenaire université d’Evora, dans un décor d’azulejos et d’étudiants portant une longue cape noire, on a sondé les âmes des tour-opérateurs, chaînes hôtelières, compagnies de croisières ou aériennes. Surprise : elles étaient « vertes ». Pas une qui ne s’apitoie sur le sort de la planète, à l’exception notable de Julia Simpson, nouvelle directrice du WTTC, le lobby du secteur du voyage, dont le discours introductif ne comportait pas un mot sur les enjeux environnementaux.

Prise de conscience tardive et urgente

« Tout a changé ! Ce qui aurait dû prendre quinze ans est arrivé subitement, s’exclame Yolanda Perdomo, consultante tourisme chez ICF et ancienne responsable de l’Organisation mondiale du tourisme. Le nouveau paradigme est déjà là, devant nous, grâce au basculement des attentes et des valeurs des consommateurs, mais aussi des dirigeants du secteur privé. Ils veulent laisser un héritage. Leurs valeurs sont bouleversées. On est vraiment devant une feuille blanche. »

Mais les auteurs semblent peu inspirés. Leurs déclarations d’intention portent principalement sur l’impact positif à apporter aux populations locales, souvent mises à l’écart de la création de valeur. Quant aux nombreux ministres du tourisme présents, pas un n’avait de solution d’ampleur à proposer, laissant les associations et tour-opérateurs de « tourisme responsable » les bras ballants.

Il vous reste 60.23% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.