Face au Covid-19, la nécessité du débat démocratique

Editorial du « Monde ». On l’avait presque oubliée et pourtant… Jeudi 4 novembre, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a qualifié de « gravement préoccupant » le nombre de contaminations par le SARS-CoV-2 actuellement enregistré dans de nombreux pays d’Europe. Avec un tel rythme de transmission, le continent pourrait déplorer 500 000 décès supplémentaires d’ici à février 2022, a averti son directeur, Hans Kluge. D’abord concentrée à l’est, la reprise des contaminations inquiète à présent l’Allemagne, qui vient de faire état de 33 979 nouvelles infections en vingt-quatre heures. Elle est surveillée de près par les autorités sanitaires françaises, qui constatent, elles aussi, une remontée de la courbe, mais dans des proportions moindres. Le seuil des 10 000 infections quotidiennes a été franchi, jeudi, pour la première fois, depuis la mi-septembre.

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Sanitairement, la situation n’a rien à voir avec ce qui s’était produit en mars et en octobre 2020, puis en avril 2021, lorsque le gouvernement avait dû mettre, durant plusieurs semaines, le pays sous cloche, afin d’éviter la saturation des services d’urgence sous l’effet de nouvelles vagues épidémiques. Le déploiement à grande échelle de la politique vaccinale depuis l’été a changé la donne, en garantissant l’immunité, au moins temporaire, des plus fragiles.

L’épidémie est cependant toujours là. Elle continue d’influencer nos modes de vie, comme en témoigne la réapparition dans trente-neuf départements de métropole et à La Réunion du port du masque pour les enfants qui s’apprêtent à reprendre le chemin de l’école. Elle dicte de nouveau l’agenda politique avec la programmation d’un nouveau conseil de défense sanitaire, mercredi 10 novembre, pour tenter de répondre à deux questions : faut-il vacciner les enfants ? Comment accélérer l’injection de la troisième dose réservée pour le moment aux personnes les plus à risque ? L’épidémie pèse enfin sur la campagne présidentielle, au moment où la majorité et l’opposition espéraient pouvoir s’en libérer pour se projeter dans le monde d’après.

Partie serrée

Président sans être encore candidat déclaré, Emmanuel Macron joue une partie serrée : il se doit d’être très vigilant sur l’évolution de la situation sanitaire, mais n’a nullement intérêt à casser les ressorts de la croissance, qui se révèle beaucoup plus vigoureuse qu’attendu, au point d’avoir déjà des effets positifs sur la courbe du chômage.

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Le chef de l’Etat doit aussi compter avec la lassitude engendrée par le port du masque et avec les légitimes inquiétudes nées des restrictions apportées aux libertés publiques, notamment par le biais du passe sanitaire. Les récents propos du porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, assurant que la ligne de l’exécutif était d’alléger les contraintes dès qu’il le pouvait, mais de les réactiver « quand la situation se dégradait », tranche avec le ton martial qui avait prévalu au tout début de l’épidémie. C’est heureux.

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L’opposition est cependant fondée à se montrer attentive au respect de ses droits. Les vifs débats qui ont lieu, en ce moment, au Parlement sur la nouvelle prolongation de l’état d’urgence sanitaire ne relèvent pas que du jeu politicien. Ils témoignent d’une légitime inquiétude sur l’asthénie de la vie démocratique, après de longs mois au cours desquels les parlementaires ont eu le sentiment d’être marginalisés. En fixant l’échéance de la prorogation au 31 juillet 2022, le gouvernement plaide la responsabilité, mais se donne aussi les moyens de rester le maître du jeu le plus longtemps possible. Ce déséquilibre est, à ce stade, l’un des aspects les plus préoccupants de la gestion de la crise sanitaire.

Le Monde