« Face au plan Biden, une partie des Américains ne veulent pas “être le Danemark” »

Une route est barrée pour permettre la construction d’un pont sur l’I-95, près de Clint Moore Road, à Boca Raton (Floride), le 30 septembre 2021.

Les Etats-Unis doivent-ils ressembler à l’Europe ? Dans les semaines qui viennent, Joe Biden va jouer sa présidence sur cette question. A 78 ans, il a l’ambition de rester dans l’histoire comme l’un des grands réformateurs de son pays. Il veut se situer dans la tradition de deux de ses prédécesseurs démocrates qui changèrent le profil des Etats-Unis, Franklin Roosevelt (1933-1945) et Lyndon Johnson (1963-1969). Pas gagné d’avance.

La bataille va être rude, sur un double plan : politique et idéologique. Car c’est une idée de l’Amérique qui est en jeu, quelque chose de profond qui va bien au-delà d’un différend sur le niveau de l’endettement public du pays (près de 100 % du PIB) ou sur la pertinence macroéconomique du programme Biden.

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D’ici au 31 octobre, le Congrès doit voter définitivement sur deux grands projets qui portent l’ambition du président. Le premier – 1 200 milliards de dollars (1 035 milliards d’euros) – vise à moderniser des infrastructures en ruine : ponts, ports, routes et aéroports. On connaît ces fils électriques qui pendent en plein New York ; ces chaussées défoncées ; ces installations portuaires pour décor de « polar » des années 1950, en gros tout ce qui donne au pays son étrange profil de décor futuriste mâtiné de déglingue tiers-mondiste.

Le second projet – au départ, 3 500 milliards de dollars – a un double objectif sur dix ans : un considérable renforcement de l’Etat-providence et la lutte contre le réchauffement climatique. « L’effet de transformation des Etats-Unis », dit la politologue Nicole Bacharan, sera incontestable. Si le président réussit, les démocrates se présenteront avec « un gros bilan législatif » aux scrutins de la mi-mandat en novembre 2022, élections en général défavorables au parti qui détient la Maison Blanche.

Les démocrates divisés

La majorité Biden est infime : une voix, celle de la vice-présidente, Kamala Harris, qui vient au Sénat départager les 50 élus démocrates de leurs 50 collègues républicains ; cinq voix à la Chambre des représentants (sur 435 sièges). Mais les démocrates sont divisés (c’est une habitude). La gauche du parti veut bien voter le « paquet infrastructures » – populaire et approuvé par certains républicains – si le « paquet Etat social » passe aussi. Or celui-ci divise les 50 sénateurs démocrates, dont l’unanimité est requise, cependant que leurs collègues républicains y voient une folie socialisante.

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La Maison Blanche négocie un accord – à la baisse par rapport à son projet initial – qui puisse rallier l’unanimité des 50 sénateurs démocrates. L’enjeu est politique. Si les démocrates ne s’entendent pas, ils auront fait la preuve qu’ils ne sont pas une majorité de gouvernement. Ils essuieront sans doute une défaite aux élections de la mi-mandat en novembre 2022. « Alors, cela augmentera singulièrement la chance de voir Donald Trump remporter l’élection présidentielle de novembre 2024 », écrit David Brooks, l’un des éditorialistes du New York Times.

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