« Facebook est un réseau vieillissant à la recherche d’une cure de jouvence. Il pense l’avoir trouvée dans un univers parallèle »

Mark Zuckerberg, le 28 octobre, parlant à son avatar sur le métavers.

Chronique. Mark Zuckerberg est-il en train de s’échapper dans le métavers ? Le génial inventeur du plus grand réseau social au monde a opportunément annoncé, jeudi 28 octobre, que son entreprise allait changer de nom et s’appeler Meta pour concrétiser son engagement dans la construction d’un monde parallèle appelé « métavers ». Comme s’il voulait fuir la pluie de calamités qui s’abat soudain sur son entreprise chérie, fondée en 2004 dans sa chambre de Harvard. On lui en veut à Washington, où les parlementaires le convoquent sans cesse, des anciens employés sortent de l’ombre pour déballer le linge sale familial et sont reçus à l’étranger comme des rockstars en tournée mondiale. De quoi donner envie de changer d’univers.

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Mais que reproche-t-on à Facebook ? D’avoir donné naissance à une créature d’une puissance telle qu’elle échappe désormais à tout contrôle. Un monstre qui laisse dans son sillage un cortège de victimes. On l’accuse de provoquer l’addiction, de répandre la désinformation et de démoraliser les plus fragiles. Selon une étude interne révélée par la désormais fameuse lanceuse d’alerte Frances Haugen, près de 13 % des utilisateurs seraient littéralement drogués au réseau, incapables de s’en détacher, au détriment de toute vie sociale. Les discours haineux qui y circulent attisent les colères et les jalousies, tandis que d’autres se sentent dévalorisés par l’image qui est renvoyée d’eux-mêmes, sur Facebook ou son cousin Instagram, au point de développer des pensées suicidaires.

Les tourments de saint Thomas d’Aquin

De tels dégâts ne sont pas bien surprenants. Ils sont ceux de l’âme humaine livrée à ses pires instincts. Déjà au XIIIsiècle, Thomas d’Aquin formalisait pour l’Eglise les sept péchés capitaux responsables de tous les maux de l’homme. On y retrouve l’orgueil de celui qui croit avoir toujours raison, la gloutonnerie de celui qui ne peut plus s’arrêter, la dépression spirituelle dénommée paresse, la luxure, l’avarie, la colère et l’envie. Mais on trouve aussi sur Facebook leur contraire, la solidarité, la générosité et la bienveillance, qui sont aussi des traits fondamentaux du caractère humain. Le problème est que tout cela se retrouve propulsé à une échelle considérable et en un temps record.

Face à un tel déferlement, ce n’est pas au seul pêcheur de faire sa police mais à l’Eglise, en l’occurrence l’Etat, de discipliner les usages. Des règles, c’est ce qu’est prêt à accepter l’infortuné M. Z face aux parlementaires. Mais pour cela, il conviendrait qu’il reconnaisse que le premier média du monde en est un, avec toutes les responsabilités qui en découlent, et pas juste une sorte de téléphone géant qui permettrait aux gens de parler entre eux.

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