Facebook et ses services touchés par une panne inédite de six heures

La panne touchant Facebook et ses services a duré six heures, le 4 octobre 2021.

De par sa durée et son ampleur, c’est peut-être la panne la plus grave qu’ait jamais connu Facebook : lundi 4 octobre, les services du réseau social, comme ceux de ses messageries WhatsApp et Messenger et de sa filiale Instagram, ont été totalement inaccessibles pendant environ six heures, entre 16 heures et 22 heures à Paris.

Les conséquences ont été frappantes pour les 3,51 milliards d’utilisateurs mensuels actifs revendiqués par Facebook dans le monde pour l’ensemble de ses services. Il était ainsi impossible d’envoyer des messages avec la messagerie WhatsApp, pourtant très largement utilisée dans certains pays en développement, comme en Inde, où elle joue le rôle des SMS. Certains utilisateurs se sont retrouvés sur le réseau social Twitter pour échanger ou ironiser sur l’inaccessibilité des services de Facebook. En parallèle, la messagerie Telegram est passée de la 56e à la 5e place des applications gratuites les plus téléchargées aux Etats-Unis, selon le cabinet spécialisé SensorTower, alors que Signal se félicitait « d’inscriptions en forte hausse ».

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Chez Facebook, des employés ne pouvaient même plus accéder aux bâtiments du siège californien de Menlo Park car leur badge ne permettait plus d’ouvrir les portes. La perturbation technique a eu des « effets en cascade », au point que « de nombreux outils et systèmes que nous utilisons au quotidien en interne ont aussi été affectés, compliquant nos efforts pour diagnostiquer et réparer le problème », a expliqué le groupe dans un communiqué. Selon plusieurs sources citées par la presse américaine, l’entreprise a dû dépêcher physiquement une équipe d’ingénieurs dans l’un de ses principaux data centers en Californie, les procédures d’intervention à distance étant inutilisables.

Problème de configuration

Facebook a présenté ses excuses à ses utilisateurs, sans donner d’explication détaillée aux raisons de la panne : dans un communiqué, le groupe a évoqué un problème lié à un « changement de configuration défectueux » de ses serveurs. D’après les constatations de multiples experts, la panne trouvait très probablement son origine dans une erreur de configuration touchant les serveurs Border Gateway Protocol (BGP) de Facebook. Sortes de panneaux de circulation pour les données, qui leur permettent de circuler correctement, les serveurs BGP de Facebook ont « disparu d’Internet » en fin d’après-midi ce lundi, constatait le responsable technique de l’hébergeur Cloudflare.

Sans cet outil indispensable, l’ensemble du trafic vers les services de Facebook ne pouvait trouver les serveurs de l’entreprise, entraînant une panne générale de tous les services, matérialisée par des erreurs Domain Name Server (DNS) constatées dans le monde entier. L’erreur a fait totalement disparaître Facebook et ses sites d’Internet, au point que le nom de domaine « Facebook.com » est brièvement apparu, de manière erronée, comme disponible à l’achat.

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L’action de l’entreprise a immédiatement dévissé en Bourse, pour clôturer en baisse de 4,89 %, lundi à la clôture à Wall Street – une baisse d’autant plus violente que les pannes sont rares sur Facebook et ses services. Lundi, la coupure était tellement massive qu’elle a également entraîné des perturbations, limitées, sur certaines autres applications, dont Twitter, confronté à un afflux brutal de nouvelles inscriptions.

Enquête antitrust

Hasard du calendrier, la panne intervient au moment où Facebook est confronté à de multiples accusations et risques de poursuites. Une ancienne employée, Frances Haugen, qui se présente comme une lanceuse d’alerte, a transmis ces dernières semaines des milliers de pages de documents internes à des élus américains et à des médias comme le Wall Street Journal. Les documents, résultat de recherches internes menées par Facebook, détaillent notamment les effets négatifs qu’a Instagram sur une partie de ses jeunes utilisateurs et utilisatrices. Après une première audition de la responsable de la sécurité de Facebook au Sénat américain jeudi dernier, c’est au tour de Mme Haugen de témoigner sur ce sujet devant le Sénat mardi 6 octobre.

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Surtout, la panne démontre, une fois de plus, la puissance des services de communication de Facebook, devenus essentiels pour des millions d’entreprises et de citoyens. Et souligne que l’entreprise de Mark Zuckerberg contrôle à elle seule plusieurs réseaux de premier plan, dont WhatsApp et Instagram, qu’elle a rachetés. Or, l’enquête antitrust la plus inquiétante pour le groupe vise justement l’acquisition de ces deux entreprises, en 2012 pour 1 milliard de dollars, puis en 2014 pour 19 milliards de dollars : l’autorité de la concurrence, la Federal Trade Commission (FTC), envisage d’invalider ces rachats, destinés selon elle à étouffer des concurrents.

Une telle décision démantèlerait de fait l’empire de Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook. L’entreprise a remporté une première manche fin juin en réussissant à faire invalider la première plainte par un juge, pour lequel le pouvoir de monopole supposément détenu par Facebook sur les réseaux sociaux n’était pas suffisamment démontré. La FTC a déposé une nouvelle plainte en août. Facebook venait, lundi, d’en demander l’annulation, estimant que son pouvoir de monopole « n’existe pas ».

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