« Facebook Files » : pour le réseau social, deux mois de tourmente médiatique et politique

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Publié aujourd’hui à 05h38, mis à jour à 05h48

« Facebook dit que ses règles s’appliquent à tout le monde. Les documents internes de l’entreprise montrent qu’une élite secrète en est exemptée. » Le 13 septembre, le Wall Street Journal publie le premier article d’une série qui va très durement secouer le réseau social. Il détaille comment un programme de Facebook, appelé « XCheck », a été détourné de son but premier pour conférer à des célébrités une forme de passe-droit contre sa propre modération. L’article est le point de départ d’une séquence politique et médiatique désastreuse pour le réseau social, qui se poursuit, ce lundi 8 novembre, avec l’audition de la lanceuse d’alerte Frances Haugen devant le Parlement européen, puis, deux jours plus tard, devant l’Assemblée nationale et le Sénat français.

Les « Facebook Files », une plongée dans les rouages de la machine à « likes »

Les « Facebook Files » sont plusieurs centaines de documents internes à Facebook copiés par Frances Haugen, une spécialiste des algorithmes, lorsqu’elle était salariée du réseau social. Ils ont été fournis au régulateur américain et au Congrès, puis transmis par une source parlementaire américaine à plusieurs médias, expurgés des informations personnelles des salariés de Facebook. En Europe, ces médias sont, outre Le Monde, le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung, les chaînes de télévision WDR et NDR, le Groupe Tamedia, Knack, Berlingske et l’OCCRP.

Ils montrent que Facebook consacre davantage de ressources à limiter ses effets néfastes en Occident, au détriment du reste du monde. Ils attestent que ces effets sont connus en interne mais les signaux d’alerte pas toujours pris en compte. Enfin, ils prouvent que les algorithmes de Facebook sont devenus d’une complexité telle qu’ils semblent parfois échapper à leurs propres auteurs. Retrouvez tous nos articles en cliquant ici.

L’embrasement

A la mi-septembre, au moment des révélations du Wall Street Journal, le visage de cette ancienne employée n’est pas encore connu. On sait simplement que le quotidien économique a obtenu une masse de documents internes embarrassant le plus grand réseau social du monde. Les articles sont publiés à un rythme quotidien. Une enquête révèle par exemple que l’entreprise, qui a mené des études en interne, était au courant de certains effets négatifs d’Instagram – propriété de Facebook – sur la santé mentale et le bien être des utilisateurs. Les études citées montrent tout particulièrement que le réseau social aggrave le mal-être d’une partie des adolescentes. Plus tard, un autre article dévoile comment Facebook a été utilisé par des trafiquants d’êtres humains, tout en soulignant les faiblesses de ses outils de modération.

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Les réactions pleuvent et les critiques s’accumulent. Le 26 septembre, Facebook dément, dans un long message, les révélations du Wall Street Journal sur Instagram et le mal-être de certains de ses utilisateurs. Le lendemain, l’entreprise annonce cependant « mettre en pause » le lancement de son controversé projet Instagram Kids, une version du réseau social pour les moins de 13 ans.

Mais la tempête ne faiblit pas et Facebook se retrouve contraint de répondre aux législateurs américains, un exercice désormais familier pour ses dirigeants. Le 30 septembre, Antigone Davis, la responsable de la sécurité de l’entreprise, est convoquée pour répondre aux questions des sénateurs américains de la commission au commerce. L’audition tourne à la catastrophe pour elle ; alors que les élus multiplient les questions précises, Mme Davis répond de manière très floue.

Frances Haugen se dévoile

Deux semaines après les premières révélations du Wall Street Journal, la « lanceuse d’alerte de Facebook », qui a transmis des documents internes au quotidien américain, sort du secret. Dimanche 3 octobre, Frances Haugen, 37 ans, apparaît pour la première fois à visage découvert dans la célèbre émission « 60 Minutes » de la chaîne de télévision CBS. Elle s’y explique sur ses motivations – la frustration de voir Facebook agir trop peu ou trop lentement sur de multiples sujets – et annonce avoir déposé une série de plaintes auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur de la Bourse américaine. Ces plaintes lui permettent de demander le statut officiel de lanceuse d’alerte, censé lui apporter une certaine protection juridique contre des poursuites de Facebook.

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