Faut-il continuer d’écouter Kanye West ?

Kanye West en février 2020.

L’argument politique

Les prises de position de Kanye West laissent songeur. Bref florilège : après avoir été pro-démocrate, il s’est mis à afficher un soutien à Donald Trump, et a incité les Afro-Américains à devenir républicains. Il a ensuite défendu l’animateur de télévision Bill Cosby, accusé de viol, a qualifié l’esclavage de « choix » et s’est déclaré contre l’avortement. Pour Donda, il a invité les chanteurs Marilyn Manson et DaBaby, respectivement accusés de violences sexuelles et de déclarations homophobes.

L’argument voyeuriste

Il n’est pas anodin que Kanye West ait été, du fait de son mariage avec l’instagrameuse Kim Kardashian, l’un des personnages principaux de « L’Incroyable Famille Kardashian », émission de télévision parfois dérangeante dans sa mise en scène de l’intime. Et c’est avec la même fascination malsaine que les médias observent le chanteur s’enfoncer. Pétage de plomb en direct, diagnostic de bipolarité, internement en hôpital psychiatrique… Admirer Kanye West, c’est plonger dans un certain voyeurisme.

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L’argument artistique

Fans et critiques se pâment devant chaque composition de Kanye West. Mais force est de constater que ses morceaux les plus écoutés (Stronger, Ni**as in Paris, Good Morning) datent de plus de dix ans. La jeunesse lui préfère Dua Lipa, The Weeknd ou Billie Eilish. Au point que ses sorties musicales ont des airs de produit d’appel pour ses activités commerciales (comme sa ligne de baskets Yeezy, en collaboration avec Adidas) ou politiques (une improbable candidature à la dernière présidentielle).

Le contre-argument politique

Kanye West est un artiste. Et, s’il a des engagements, ses chansons évoquent surtout ses affres et ses bonheurs privés. Donda, titre de son dixième album studio, était aussi le prénom de sa mère adorée, morte en 2007. Le morceau Bound 2 évoquait Kim Kardashian, son
ex-épouse. Only One, en duo avec Paul McCartney, était une déclaration d’amour à sa fille. Avant d’être un olibrius politique, Kanye West est surtout un écorché vif.

Le contre-argument voyeuriste

La pop culture entremêle toujours art et bizarrerie. Prince a changé son nom pour un hiéroglyphe ; David Bowie s’est un temps nourri uniquement de poivrons et de lait ; et Brian Wilson, des Beach Boys, a développé une phobie de l’eau au point d’arrêter de se laver. C’est toujours avec étonnement que le fan observe la star. Kanye West, qui se compare à Socrate, Edison, Picasso, Shakespeare ou Disney, a le mérite de raviver la légende pop, dans une époque supposément policée.

Le contre-argument artistique

Il peut se targuer d’une œuvre totalisant 400 morceaux, sans compter ceux composés pour les autres. Il est à la croisée du rap, du classique, du R’n’B et de l’électro. Son univers emprunte autant à la religion qu’à la mode ou à l’art contemporain – la couverture de Donda est un dessin de Louise Bourgeois. Soit une réinvention des codes de l’entertainment, entre underground et mainstream. Sans compter une présence scénique aussi incroyable que ses décors.