Faut-il interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans ?

L’argument de santé publique

Les professeurs sont formels : le vrai problème, ce ne sont pas les prédateurs qui rodent sur Internet, mais les dégâts des stimuli des réseaux sociaux sur le cerveau des enfants, devenus incapables de se concentrer. La dépression chez les ados a bondi. On interdit bien la vente d’alcool aux mineurs, on peut interdire l’accès des réseaux sociaux aux moins de 16 ans. Ce n’est pas pour rien qu’un responsable d’Instagram doit être auditionné par le Sénat américain pour rendre des comptes sur l’impact négatif du réseau social sur la santé des adolescents.

L’argument pragmatique

Les géants de la tech paient des armées de développeurs et de neuroscientifiques pour concevoir les dispositifs les plus sophistiqués afin de retenir l’attention des utilisateurs malgré eux, et on voudrait qu’un petit cerveau de 12 ans puisse résister ? Demander aux ados d’avoir une consommation raisonnable d’un produit addictif est totalement irréaliste, et on n’a pas d’autre choix que d’en bloquer l’accès.

L’argument idéologique

Les CSP + commencent à saisir les dangers des écrans. Les ados sans smartphone, comme les familles sans télévision de la fin du siècle dernier, se rencontrent dans les classes aisées. Le temps d’écran est déjà plus élevé dans les milieux défavorisés. Si on ne fait rien, les gamins déjà désavantagés le seront encore plus, et les inégalités éducatives se creuseront. C’est une question de justice sociale.

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Le contre-argument de santé publique

Et pourquoi les moins de 16 ans devraient-ils être protégés en priorité ? Vous avez vu le temps que les vieux passent sur Facebook ? Les réseaux sociaux et leur cortège de « fake news » font des dégâts pour la démocratie, et jusqu’à preuve du contraire, les moins de 16 ans ne votent pas. Commençons par inciter les parents à freiner leur utilisation des réseaux sociaux et de leur smartphone !

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Le contre-argument pragmatique

Et on va les fermer comment, les réseaux sociaux ? Avec un gros morceau de Scotch ? WhatsApp est déjà limité aux moins de 16 ans, Instagram et TikTok aux moins de 13, et ni les réseaux sociaux, ni les parents, ni les écoles n’en tiennent compte. On n’arrive déjà pas à leur bannir l’accès à des produits physiques, comme le cannabis, comment voulez-vous leur interdire l’accès à des produits virtuels ?

Le contre-argument idéologique

Gaspard Koenig, c’est bien l’homme du think tank Génération libre, « qui se bat pour les libertés. Toutes les libertés » ? Est-on encore libéral si on cesse de l’être dès que nos enfants ont accès à des libertés qui nous dérangent ? Et puis il y a plus efficace que d’interdire : faire pression sur les entreprises. Facebook a ainsi déjà renoncé à son projet d’Instagram pour les moins de 13 ans.