Faut-il interdire les ­trottinettes électriques ?

A Paris, en décembre 2019.

L’argument sécuritaire

Vitesse excessive, non-respect du code de la route, slaloms sur le trottoir : les trottinettes électriques sont devenues les vrais dangers des centres-villes. Le 19 juin, à Nîmes, un homme de 25 ans est mort dans un accident avec une voiture. Le 14 juin, une femme de 31 ans est décédée après avoir été renversée par une trottinette électrique à Paris. Le 7, à Saint-Amour (Jura), un garçon de 12 ans a perdu la vie après avoir percuté une voiture, alors qu’il en pilotait une avec son frère jumeau.

L’argument écolo

Selon la newsletter « Oversharing » datant de 2019, la durée de vie moyenne d’une trottinette électrique en libre-service est de 28 jours. Alors faisons un bilan. Ces engins sont pour la plupart fabriqués en Chine puis acheminés en France. Au bout d’un mois (s’ils n’ont pas fini au fond d’un canal), ils ne sont plus fonctionnels et difficilement recyclables. Il faut ajouter le bilan carbone des juicers, ces employés qui les ramassent pour les recharger… Autant se déplacer en SUV.

L’argument de mauvaise foi

Avouons-le franchement, personne ne s’est jamais dit : « Dis donc, il a la classe, ce mec, sur sa trottinette électrique ! » Pourquoi ? Tout simplement parce qu’on est ridicule. Et s’équiper d’un casque dernier cri n’y changera rien. Sans parler des nouveaux modèles qui comportent une selle à l’arrière, là on touche le fond. Et fini les 10 000 pas recommandés par jour. En plus d’être une faute de goût, la trottinette électrique va devenir un problème sanitaire majeur !

Le contre-argument sécuritaire

Selon les chiffres de la sécurité routière, 2 550 personnes ont perdu la vie sur les routes de France en 2020. Soit 1 243 automobilistes et seulement 8 utilisateurs « d’engins de déplacement personnels motorisés » (trottinettes électriques majoritairement). De plus, le code prévoit de nouvelles règles : limitation de la vitesse à 25 km/h, transport d’une seule personne, équipement réfléchissant la nuit. Des consignes qu’il faut mieux faire appliquer, sans pour autant interdire ces deux-roues.

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Le contre-argument écolo

Selon un rapport de 2019 d’Arcadis, une société d’ingénierie et de conseils pour l’environnement, une trottinette électrique en libre-service présente le même bilan carbone qu’une voiture classique transportant trois passagers. D’autant qu’elle est améliorable. Avec une meilleure longévité et si on exclut la question de la gestion des flottes, ces deux-roues pourraient émettre quatre fois moins de grammes de CO2 au kilomètre qu’un bus diesel, sept fois moins qu’une voiture et dix fois moins qu’un taxi.

Le contre-argument de mauvaise foi

Quel plaisir de se laisser porter et de doubler les vélotaffeurs qui suent à grosses gouttes. Peut-être que vous n’avez pas autant la classe sur la piste cyclable, mais, au bureau, le rapport de force s’inverse. Vous êtes propre dans votre chemise pendant que vos collègues adeptes du vélo traînent d’énormes auréoles toute la journée. Finalement, vous vous dites que vous avez choisi le camp de la modernité. Se balader en trottinette électrique, ce n’est pas de la ringardise, c’est de l’avant-gardisme.