Faut-il séparer l’écrivain israélien Amos Oz de l’homme ?

« Enfant, mon père me battait, m’insultait et m’humiliait. Il était créatif dans sa violence (…). Il ne s’agissait pas d’une colère passagère ou d’une claque ici et là, mais de sévices routiniers et sadiques. J’étais coupable d’être moi, par conséquent la punition était sans fin. »

Ce père évoqué dans le dernier livre de Galia Oz, Quelque chose déguisé en amour (Kinneret Zmora-Bitan Dvir, non traduit), paru le 21 février en hébreu, est Amos Oz, figure majeure de la littérature israélienne et mort d’un cancer en 2018. Dans un récit ramassé en 110 pages, la cadette, connue dans le pays pour ses livres pour enfants, retrace l’enfer qu’elle aurait vécu dans le kibboutz où elle a grandi, sous la coupe d’un père violent, qui s’en serait également pris à sa mère.

Le livre a été vécu « comme une explosion. Tout le monde, même ceux qui ne font pas partie de la scène littéraire, étaient sous le choc », se souvient Elad Bar-Noy, critique littéraire au quotidien Yediot Aharonot. Car il écorne rudement « le Dostoïevski des juifs », comme l’a surnommé l’ancien président Réouven Rivlin.

Il intensifie, après le mouvement #metoo, un débat déjà bien présent en Israël : faut-il distinguer l’homme de l’artiste ? Galia Oz répond oui. « Je ne boycotte pas l’art. Tolstoï était un homme horrible en famille, tout comme Dickens. Il faut voir les gens dans leur complexité », a-t-elle souligné au micro de la radio Kan Tarbut. L’autrice de 57 ans affirme avoir écrit pour d’autres victimes, prisonnières comme elle d’une « cage transparente ».

Famille déchirée

Son autobiographie dissèque les mécanismes de la violence, mais aussi la complicité de l’entourage de son père, ceux qui ont maintenu une loi du silence, menaçant d’ostraciser qui oserait prendre la parole. Ce livre a donc offert aux Israéliens le spectacle d’une famille déchirée, la cadette ayant rompu avec les siens depuis sept ans. « La souffrance de Galia est tangible et brise le cœur, ont réagi de concert sa mère, sa sœur et son frère, mais nous avons des souvenirs absolument différents. » Daniel Oz, le benjamin, qui a d’abord cherché l’apaisement, a eu ensuite des propos bien plus durs pour sa sœur.

Passé le choc des révélations, Amos Oz, un temps pressenti pour recevoir le prix Nobel, continue d’être adulé en Israël pour son œuvre prolifique et pour avoir façonné l’hébreu moderne à partir de la langue biblique des sionistes au XIXe siècle. « Les gens ont fini par se dire : il a peut-être été un père violent, mais cela ne fait pas de lui un monstre », observe M. Bar-Noy.

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