Faute de passagers, les compagnies aériennes misent sur l’envolée du fret

Chargement du fret dans la soute d’un avion de ligne à l’aéroport de Paris-Charles de Gaulle, en mai 2021.

Pour les acteurs du marché aérien, c’est l’une des rares satisfactions de la période de crise que traverse encore le secteur. Depuis le début de la pandémie, au printemps 2020, le fret aérien est spectaculairement reparti à la hausse. Un essor pointé par l’Association internationale du transport aérien (IATA), qui explique que le transport de marchandises pourrait même battre des records cette année.

D’après ses prévisions, le chiffre d’affaires du fret devrait culminer à 175 milliards de dollars (environ 150,3 milliards d’euros) en 2021, tandis que les volumes de fret aérien devraient dépasser de 8 % le niveau moyen de 2019, la dernière année avant la crise. En 2022, l’IATA s’attend à une croissance de 5 % des volumes transportés.

Chronique : Article réservé à nos abonnés « Entre les usines et les magasins, le transport maritime risque d’être le maillon faible du circuit de distribution dans les prochains mois »

« Depuis mars 2020, raconte Marc Rochet, président d’Air Caraïbes, les soutes des gros-porteurs, notamment les Airbus A350 et les Boeing 777, ont été bien remplies à des niveaux de prix sympathiques pour les compagnies aériennes. Nous avons fait du bon business. »

Selon lui, il y a « deux raisons principales » à ces bonnes affaires. « Tout d’abord, comme il y avait moins d’avions de passagers qui volaient, il y avait par conséquent moins de soutes disponibles, donc celles qui étaient commercialisées étaient bien remplies », analyse-t-il. Air Caraïbes, sa compagnie, « n’a fait voler en période de crise que quatre vols vers la Guadeloupe au lieu de dix en temps normal ». Pendant cette période, « le trafic passagers a chuter de 40 % par rapport à 2019, tandis que celui du fret est resté stable et a même progressé ».

Des milliers de petits paquets

Le véritable − et structurel − essor du fret est intimement lié au « développement de l’e-commerce ». « Une explosion non plus en poids mais en volume », qui remplit les avions-cargos. Des milliers de petits paquets commandés par des consommateurs impatients de les recevoir au plus vite. Les compagnies aériennes se félicitent de la vogue du commerce sur Internet. « Il va continuer à se développer. Les bateaux sont saturés, donc le fret aérien poursuivra son développement », se réjouit M. Rochet.

« Les retards du maritime profitent à l’aérien », confirme Christophe Boucher, directeur général délégué chargé du cargo chez Air France. A tel point que le fret prend de plus en plus d’importance dans le chiffre d’affaires des compagnies. Chez Air France, il est passé de « 8 % avant la crise a près de 20 % aujourd’hui en moyenne », confie le dirigeant. Un phénomène global qui bénéficie à tous les transporteurs. Il en va ainsi de Singapore Airlines, qui a vu son activité fret bondir de 54 % ; alors qu’elle pesait 15 % de son chiffre d’affaires avant le Covid-19, elle en représente désormais 25 %.

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