« Femme du ciel et des tempêtes », de Wilfried N’Sondé : sauver sa terre à tout prix

Wilfried N’Sondé.

« Femmes du ciel et des tempêtes », de Wilfried N’Sondé, Actes Sud, 272 p., 20 €, numérique 15 €.

Six personnages disposent de quarante-huit heures pour sauver ou détruire le monde. Voilà, de prime abord, le propos haletant de Femme du ciel et des tempêtes. Tout commence en effet quand Noum, de la tribu des Nenets, découvre, au hasard d’un glissement de terrain, la sépulture richement garnie d’une femme à la peau noire et aux yeux bleus restée ensevelie sous le permafrost pendant huit mille ans. Cette reine surgie dans le quotidien tranquille du chaman est perçue à la fois comme une question – est-elle une lointaine ancêtre ? – et une solution pour préserver la péninsule de Yamal, que menace un projet d’exploitation gazière conduit par Sergueï, un mafieux russe, grand consommateur de prostituées, et Micha, le neveu de Noum, qui rêve de grandes villes et de luxe.

Le chaman échafaude un plan : alerter Laurent, un zoologue français habitué de la région, afin qu’il lance une expédition scientifique qui obligera les autorités russes à interrompre le chantier. Vite, il contacte d’anciens collègues : Silvère, un anthropologue d’origine congolaise, et Cosima, une médecin légiste germano-japonaise, qui a rompu toute relation avec lui depuis qu’il lui a déclaré sa flamme avant de tenter de l’embrasser dans le cadre du travail. Les obstacles sont nombreux mais le temps presse. Car, exposés aux vents et à la pluie, les restes de la femme africaine s’abîment rapidement.

Ressemblances spirituelles entre peuples

Trois ans après le succès d’Un océan, deux mers, trois continents (Actes Sud), qui suivait le voyage d’un prêtre africain envoyé par le roi des Bakongos comme ambassadeur auprès du pape au début du XVIIe siècle, Wilfried N’Sondé confirme son goût pour les récits d’aventure à forte tension dramatique et les histoires impossibles inspirées de faits réels. Celle qui est au cœur de son nouveau roman lui est venue en juin 2010, lors d’un voyage en Sibérie dans le cadre de l’année de la Russie en France. Frappé par l’espace démesuré de la steppe, l’immensité des fleuves, l’écrivain né en 1968 à Brazzaville, au Congo, et arrivé en France à l’âge de 5 ans, est surtout marqué par les moines bouddhistes. Lors de la visite d’un temple, l’un d’eux s’approche et lui demande de le suivre dans le dédale des couloirs.

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Au bout, l’attend un homme noir, le premier qu’il voit depuis son arrivée en Sibérie. « C’était un Sénégalais en quête spirituelle, qui avait quitté Dakar deux mois auparavant car l’islam ne suffisait plus à répondre à ses questions, se souvient Wilfried N’Sondé, interrogé par “Le Monde des livres”. J’ai tout de suite su que je voulais écrire sur les ressemblances spirituelles entre les peuples autochtones du Nord et les peuples d’Afrique, ou d’ailleurs. » Le déclic se produit en 2019, quand l’auteur apprend que des scientifiques danois ont découvert de l’ADN humain sur une écorce mâchouillée, qui appartient à une femme à la peau noire, aux yeux bleus et aux cheveux bouclés qui a vécu il y a huit mille ans au Danemark. Ne restait plus qu’à faire travailler son imagination, quelques thèmes obsédants et sa belle empathie.

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