Festival de Hyères : un Grand Prix pour Ifeanyi Okwuadi

Ifeanyi Okwuadi, à Hyères, le 15 octobre 2021.

Comme chaque année depuis 1985, amateurs et acteurs du secteur de la mode sont venus célébrer la création lors du Festival international de mode et de photographie de Hyères (Var), qui s’est déroulé au cœur de la Villa Noailles, du 14 au 17 octobre.

Une 36e édition placée sous le signe de retrouvailles joyeuses, après une édition 2020 par vidéos interposées, pandémie oblige. Si l’enjeu de ce festival est de récompenser des jeunes talents dans trois catégories – mode, accessoires et photographie –, cette parenthèse de quelques jours est aussi l’occasion de prendre le pouls d’une industrie toujours en mouvement. Ainsi, des tables rondes et conférences ont ponctué cette édition – avec des thématiques aussi variées que l’essor du digital ou l’économie circulaire –, ou bien encore des signatures de livres, comme la riche biographie de Karl Lagerfeld signée de la journaliste de mode Marie Ottavi.

Ifeanyi Okwuadi Hyères 2021.
Ifeanyi Okwuadi Hyères 2021.

Côté palmarès, le jury mode réuni autour de Louise Trotter, directrice artistique de Lacoste, a jeté son dévolu sur le Britannique Ifeanyi Okwuadi, 27 ans, diplômé de la Ravensbourne University de Londres et qui a peaufiné sa technique de tailleur au cœur de Saville Row. Il repart avec le Grand Prix Première Vision. Sa collection masculine baptisée « Take the Toys from the Boys », et qui en faisait le favori de toutes les discussions, a été inspirée par le camp de femmes pour la paix de Greenham Common, une série de protestations menées pendant dix-neuf ans – de 1981 à 2000 – par des femmes contre l’installation d’armes nucléaires sur cette base militaire du Berkshire.

« C’est un moment méconnu de l’histoire anglaise qu’il m’intéressait de creuser », confiait le créateur, avant l’annonce du palmarès. Chacune de ses tenues faisait ainsi référence à un aspect précis des manifestations : le cou d’un sweat-shirt était étiré, rappelant l’intervention des forces de l’ordre tirant les manifestantes par le col, une longue écharpe façon patchwork évoquait les tricots que les femmes façonnaient pour passer le temps.

Le Prix du public pour la Suissesse Adeline Rappaz

Le prix Chloé – la marque étant partenaire du festival depuis 2012 – est quant à lui revenu à la Lettonne Elina Silina, diplômée de l’Académie des beaux-arts de Lettonie, à Riga, qui a proposé une collection articulée autour de mailles colorées et vaporeuses, puisant son inspiration dans son enfance. « Ma mère et ma grand-mère m’ont enseigné l’art du tricot, cela se transmet et se célèbre ! », détaillait la jeune créatrice après son passage devant le jury.

Le prix 19M des métiers d’arts de Chanel – l’un des sponsors du festival – a, lui, été décerné au Thaïlandais Rukpong Raimaturapong, diplômé de l’Institut français de la mode, pour sa collection joyeuse et colorée. Le Prix du public est quant à lui revenu à la Suissesse Adeline Rappaz, diplômée de la Haute Ecole d’arts et de design de Genève et autre grande favorite des conversations. Sa collection articulée autour de tissus recyclés, récupérés et réassemblés a séduit par la richesse de son propos et la maîtrise de sa technique. « L’écoresponsabilité pour ces jeunes candidats n’est même plus un sujet. Ce n’est plus un critère pour nous, car c’est attendu », explique Louise Trotter.

Elina Silina.

Côté accessoires, le jury présidé par le créateur de chaussures Christian Louboutin a récompensé de son Grand Prix la Française Capucine Huguet, passée par l’école Central Saint Martins de Londres, pour ses bijoux consacrés à la fonte des glaces. La maison Hermès, partenaire du festival depuis 2020, a quant à elle remis au Français Yann Tosser-Roussey son Prix accessoires pour la création d’une paire de gants, cahier des charges imposé par la maison à chacun des candidats. Le Grand Prix du jury photographie, présidé par Dominique Issermann, est revenu au duo Français Emma Charrin et Olivier Muller.

« Les gens sont heureux de cette édition, cela se sent, cela se voit et cela nous fait très plaisir. Nous sommes là pour faire découvrir des artistes aussi bien aux professionnels qu’au grand public. C’est ce mélange-là qui m’intéresse à la Villa Noailles et dans ce festival en particulier », se félicitait quant à lui Jean-Pierre Blanc, fondateur du festival et directeur de la Villa Noailles, où les réjouissances se sont achevées, dimanche 14 octobre, autour d’un concert d’Eddy de Pretto.