Fêtes des mères: le collier de pâtes a-t-il marqué les créateurs de bijoux?

Ils sont peu nombreux à avoir littéralement enfilé des penne ou des coquillettes en maternelle, mais beaucoup de joailliers confessent que les premiers bijoux qu’ils bricolèrent furent pour leur mère.

Ce bijou confectionné avec amour et application par des générations de petits élèves a beau avoir une fiche Wikipédia, la tradition se perd dans les écoles élémentaires au profit des cartes et des poèmes… «Sa fabrication a l’avantage d’être une activité qui ne comporte absolument aucun risque, puisque les nouilles crues sont parfaitement comestibles, alors que les perles classiques risquent d’être avalées par les enfants», précise pourtant la note. Les jeunes adeptes de travaux manuels prennent le relais à la maison et postent sur la toile des tutos DIY – parfois très élaborés – partageant des idées de modèles originaux de collier de pâtes. On trouve même des vidéos pour reproduire le ras-de-cou à base de conchiglionis dorés imaginé l’an dernier par Jacquemus.

Bague Berlingot en or, malachite et diamants, 5 250 €, Cartier.. Antoine Pividori © Cartier
Charm en or, argent patiné et diamants, 2 600 €, Élie Top. Elie Top

Du côté des créateurs de bijoux, ils sont peu nombreux à avoir littéralement enfilé des penne ou des coquillettes en maternelle, mais beaucoup confessent en revanche que les premiers bijoux qu’ils bricolèrent furent pour leur mère. «J’ai commencé plus tard, quand j’étais au lycée, raconte ainsi Marc Deloche, créateur et fils unique. Vers 16-17 ans, j’aimais inventer des compositions avec du fil de fer entourant des perles de verre et j’ai fabriqué un collier pour ma mère, qu’elle a toujours. Elle est retombée dessus pendant le confinement l’an dernier et m’a envoyé une photo. Ensuite, je lui ai fabriqué des manchettes en plâtre de médecin, des bracelets en pâte Fimo…» Aujourd’hui, le Toulousain préfère définitivement l’or et l’argent. Mère, tantes, cousines sont ses clientes les plus fidèles depuis la première heure. «Elles me disent qu’elles sont mon musée!»

Bague Alma en or, 450 €, Marc Deloche. MARC DELOCHE
Broche (et puce d’oreille) Jack, en or et diamants, 2 950 €, Boucheron. Boucheron

Claire Choisne, directrice artistique de Boucheron, se souvient, elle, d’un «collier de Castafiore», volumineux, confectionné en petite section, avec des perles en terre cuite peintes en bleu et vert. En grandissant dans les Landes, son activité préférée consiste à faire sécher des pépins de melon qu’elle glisse sur un fil à l’aide d’une aiguille pour en réaliser des ras-de-cou. Elle confectionne aussi des sautoirs d’épines de pin assemblées les unes aux autres. Elle n’est alors «pas du tout une fille à bijoux», n’en porte jamais, mais passe son temps à «bricoler» des petits trésors pour sa mère. Cette imagination et son goût pour les volumes ne se sont pas taris en entrant place Vendôme.

La transmission est une valeur au cœur de la joaillerie

Marie Poniatowski, fondatrice de Stone Paris

Au-delà des créations enfantines, les vraies bagues et boucles d’oreilles maternelles peuplent les souvenirs d’enfance des créateurs. Et leur imaginaire d’adulte. «J’ai offert beaucoup de mes bijoux à ma mère, reconnaît Delfina Delettrez (fille de Silvia Venturini Fendi, NDLR). Il s’agit surtout de pièces uniques car c’est une cliente exigeante et sophistiquée!»

Pendant d’oreille Tear of Joy, or, diamants et perle, 600 €, Stone Paris. STONE

Celle de Marie Poniatowski, fondatrice de Stone Paris, est elle aussi couverte des minidiamants de sa fille. «Dans un sens ou dans l’autre, la transmission est une valeur au cœur de la joaillerie.» Pourtant, elle comme beaucoup d’autres évoque plus facilement les bijoux reçus en tant que mère et confectionnés par son enfant, citant son cadeau préféré: «Un sautoir en bolduc doté d’un pendentif en terre cuite avec le mot “maman” gravé d’un côté et un cœur dessiné de l’autre.»

Bague Alma en or, 450€, Marc Deloche. MARC DELOCHE
Jonc Dune en or, petit modèle, 4100€, Poiray. POIRAY

Dans la famille d’Héloïse Schapiro, qui recycle l’or et les diamants sous son label Héloïse et Abélard, l’amour du précieux semble héréditaire depuis plusieurs générations. «Étrangement, je ne me rappelle pas, enfant, avoir créé de bijoux pour ma mère, mais c’est aujourd’hui l’activité principale de ma fille de 5 ans qui me pare toutes les semaines de ses nouvelles créations en leur attribuant même un nom… J’attends avec impatience la Fête des mères pour découvrir ce qu’elle a confectionné.»

Collier Lucky Move en or, diamants et turquoise, 2480€, Messika. Messika