Finance : aux Etats-Unis, la déconvenue des « chèques en blanc »

A Wall Street, le 9 septembre 2021.

Il ne suffit pas d’être un pionnier pour gagner de l’argent. Les chercheurs d’or accourus en Californie en 1849 le savent, qui firent la fortune des fabricants de pelles et de pioches. Lorsque Richard Branson a inauguré avec son entreprise Virgin Galactic le tourisme spatial à l’été 2021, soufflant la vedette à l’homme le plus riche du monde, Jeff Bezos, ses actionnaires se sont frotté les mains : l’action de Virgin Galactic s’est envolée à 57 dollars (48 euros), valorisant l’entreprise à 14,4 milliards de dollars.

Las, Virgin Galactic et ses actionnaires ont depuis quitté les étoiles pour redescendre sur terre : plus de 8 milliards de dollars sont partis en fumée, avec une action en dessous de 25 dollars. Il faut dire que l’entreprise est clouée au sol par les autorités spatiales américaines, car il semble que la capsule spatiale ait dévié de sa trajectoire lors de son retour dans l’atmosphère, le 11 juillet.

Surtout, le mode d’introduction en Bourse de Virgin Galactic se révèle ex post particulièrement aventureux : le multi-entrepreneur britannique Richard Branson avait choisi de faire coter à Wall Street, en octobre 2019, sa filiale spatiale par l’intermédiaire d’une SPAC, ou special purpose acquisition company (« société d’acquisition à vocation spécifique »).

Valorisations mirobolantes

La technique est simple : au lieu d’introduire en Bourse son entreprise, ce qui exige de présenter un business plan sérieux, d’offrir de réelles garanties et de faire la tournée des investisseurs, on la fait racheter par une coquille vide financière déjà cotée en Bourse, une SPAC, ce qui permet d’aller plus vite sans avoir à donner d’explications.

« Virgin Galactic entre dans l’Histoire aujourd’hui en devenant la première et la seule entreprise de transport spatial humain cotée en Bourse », s’était réjoui son PDG d’alors, George Whitesides. L’action avait été cotée autour de 12 dollars. L’affaire est des plus classiques : ceux qui ont flairé le filon très tôt s’en sortent en dépit de la baisse, tandis que les investisseurs arrivés trop tard perdent leur chemise.

L’affaire Branson-Virgin Galactic est emblématique de la folie des SPAC qui a saisi Wall Street : ces entreprises « chèques en blanc » ont levé des fonds, promettant d’acheter des pépites cachées qui feraient le monde de demain. Voiture électrique, environnement, fintech, espace, intelligence artificielle, tous se sont rués sur les valeurs d’avenir, espérant faire fortune, au risque de payer de l’or pour du plomb.

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