Florent Manaudou, un style entre deux eaux : c’est peut-être un détail pour vous…

Le nageur Florent Manaudou, le 1er août, peu avant le départ de la finale du 50 m nage libre des JO de Tokyo.

A contre-courant

Commençons par le début. Nous sommes à Tokyo, au centre aquatique, quelques instants avant la finale olympique du 50 m nage libre, et Florent Manaudou, 30 ans, est en pleine concentration. Débarrassé de ses habits civils mais pas encore tout à fait prêt à s’élancer vers la médaille d’argent (l’Américain Caeleb Dressel montera sur la première place du podium), il est à la fois en survêt et torse nu, bonnet sur la tête et lunettes sur les yeux mais chaussures et chaussettes aux pieds. Stylistiquement, il est donc entre deux eaux. Pour ne pas dire, en eaux troubles.

Lire aussi JO de Tokyo 2021 : troisième médaille olympique sur 50 m pour le nageur Florent Manaudou

Port d’attaches

Evidemment, il y a des circonstances atténuantes. Si le nageur français a déjà, par exemple, ses lunettes sur les yeux, c’est parce que leur mise en place relève d’une procédure précise, nécessitant du calme et une aide extérieure. Pour certains nageurs, la hantise de voir les lunettes bouger pendant la course est même telle qu’ils portent deux bonnets l’un sur l’autre. Le premier, en latex, a pour mission de plaquer les cheveux. Le second, en silicone, assure le maintien parfait des lunettes, tout en garantissant une entrée optimale dans l’eau.

Bassin industriel

Ce modèle de maillot de bain long et moulant, baptisé « jammer », optimise la performance tout en respectant le règlement de la Fédération internationale de natation. L’apparition, en 2008, de combinaisons intégrales en polyuréthane améliorant sensiblement les performances a obligé la Fédération à prohiber le matériau, mais aussi à imposer que les maillots ne montent pas au-dessus du nombril ni ne descendent au-dessous des genoux. Le modèle Arena de Florent Manaudou est composé de 52 % de polyamide, de 47 % d’élasthanne et de 1 % de fibre de carbone.

Plastique pas cool

La composition de la chaise blanche posée derrière le champion est moins compliquée. Il s’agit ici d’un vulgaire modèle en plastique, de ceux que l’on retrouve sur les terrasses des bars les moins sophistiqués (et les moins écolos), généralement accompagnés d’un parasol publicitaire offert par un alcoolier. Mais cette chaise aura au moins l’intérêt de permettre à Florent Manaudou de s’asseoir pour finir de se préparer, et notamment d’enlever ses chaussures et ses chaussettes. C’est déjà ça.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Eloge de la chaise en plastique blanc au Proche-Orient

Sans bouée

Dans ce décor sans charme, comment ne pas, finalement, en revenir au corps ? Notons que la fascination pour les abdominaux n’est pas le fruit de la démocratisation des salles de sport ou de l’obsession du paraître sur Instagram (#sixpack). Si un corps douillet fut longtemps signe de bonne santé, les choses ont commencé à changer à la fin du XIXe siècle, lors de l’apparition des premiers culturistes, parmi lesquels la star allemande Eugen Sandow. Obsédé par l’idéal musculaire des statues antiques, il fit des abdos un critère de beauté masculine. Florent Manaudou peut donc le remercier. Nous, un peu moins.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Le diktat de la tablette de chocolat draine les hommes vers les salles de fitness