Fondation Luma : les Hoffmann, une dynastie au service des oiseaux et des artistes

Si la Fondation Luma a vu le jour, c’est parce qu’un homme était amoureux des oiseaux. Il avait pour nom Hans Lukas (dit Luc) Hoffmann (1923-2016), était ornithologue, venu de sa Suisse natale s’installer en Camargue en 1947 pour étudier ses chers volatiles de plus près. Il avait consacré sa thèse de doctorat en zoologie à la sterne pierregarin, ou hirondelle de mer. Sa propriété, le domaine de la Tour du Valat, à une trentaine de kilomètres d’Arles, est aujourd’hui un centre de recherche pour la conservation des zones humides méditerranéennes : elle occupe environ 2 500 hectares.

Il lutta sa vie durant pour la protection des animaux : il fait partie des cofondateurs en 1961 du World Wildlife Fund (WWF). Sa fortune l’y aida : la famille Hoffmann, descendant du créateur bâlois des laboratoires pharmaceutiques Hoffmann-La Roche, est considérée comme l’une des deux ou trois plus riches de Suisse. C’est aussi une couveuse à mécènes.

La mère de Luc se nommait Maja Hoffmann-Stehlin (1896-1989). Les Bâlois lui doivent quelques musées. Elle avait épousé en premières noces Emanuel Hoffmann, fils du fondateur des laboratoires. Après la mort de son mari dans un accident de voiture, en 1932, elle créa une fondation à sa mémoire (elle en fit une seconde dédiée à son deuxième époux, le musicien et chef d’orchestre Paul Sacher). Le programme en était radical : « Collectionner les œuvres d’artistes qui utilisent la nouveauté, les moyens d’expression orientés vers le futur, généralement incompris de leurs contemporains. » Depuis, la fondation irrigue les musées locaux, à commencer par le Kunstmuseum de Bâle, l’une des plus anciennes institutions publiques du monde. Comme les bâtiments devenaient trop petits, elle favorisa la construction d’une annexe, dévolue à l’art d’après-guerre, l’actuel Kunstmuseum Basel Gegenwart, inauguré en 1980.

On doit à sa fille Vera Oeri (1924-2003) d’avoir aidé à la création, à Bâle, en 1996, du Museum Tinguely, situé presque en face, sur l’autre rive du Rhin. L’une des petites-filles de Maja Hoffmann-Stehlin, Maja Oeri, a créé la Fondation Laurenz, du nom d’un de ses enfants, mort jeune, pour permettre la construction, dans la même ville, du Schaulager (« réserve d’expositions »), un bâtiment de plus de 16 000 m2 destiné à conserver les achats, toujours réguliers depuis 1933, de la Fondation Emanuel-Hoffmann.

Le goût de la Camargue de l’Arlésienne

Maja Hoffmann, l’Arlésienne, est sa cousine. Elle est l’une des filles de Luc (il a eu quatre enfants, dont Vera Michalski-Hoffmann, qui possède, via le groupe Libella, plusieurs maisons d’édition comme, en France, Buchet-Chastel, Phébus ou Delpire) et a gardé de son enfance le goût de la Camargue. Elle préside ainsi, à Arles, le conseil d’administration et le conseil artistique de la Fondation Vincent van Gogh (dont le déménagement dans un hôtel particulier du XVe siècle et sa rénovation en 2014 avaient été en grande partie financés par son père), a investi dans quelques hôtels et restaurants (dont un, bio, étoilé au Michelin depuis 2009), et décidé, en 2010, d’installer dans les anciens ateliers arlésiens de la SNCF (10 hectares) un ensemble consacré à l’art contemporain et au spectacle vivant.

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