Foot : après l’irruption d’Amazon, Canal+ se retire de la diffusion de la Ligue 1

Les joueurs du LOSC, autour de leur entraîneur Christophe Galtier, fêtent leur titre de champion de France de Ligue 1, le 23 mai 2021, au Stade Raymond Kopa, à Angers.

Tremblement de terre dans le sport et l’audiovisuel : Canal+ a annoncé vendredi 11 juin qu’il cesserait de diffuser la Ligue 1 de football la saison prochaine, pour protester contre la décision de la Ligue de Football Professionnel (LFP) de retenir l’offre d’Amazon.

« Après l’échec du choix de Mediapro en 2018, Canal+ regrette la décision de la Ligue de Football Professionnel (LFP) de retenir aujourd’hui la proposition d’Amazon au détriment de celle de ses partenaires historiques Canal+ et beIN Sports. Canal+ ne diffusera donc pas la Ligue 1 », annonce vendredi 11 juin le groupe Canal+ dans un communiqué de presse.

Un peu plus tôt, le Conseil d’administration de la LFP avait adopté une nouvelle répartition des droits de diffusion, entre Amazon, géant américain de la distribution, et Canal +, pour un montant annuel de 663 millions d’euros pour les clubs jusqu’en 2024, avait appris Le Monde, confirmant des informations de l’Agence France-Presse (AFP) et de L’Equipe.

Selon la répartition adoptée vendredi par la LFP, Canal+ (filiale de Vivendi) versera 332 millions d’euros chaque saison sur le restant de la période 2021-2024, tandis qu’Amazon s’acquittera de 250 millions d’euros annuels. A cela, le groupe américain ajoutera une rallonge de neuf millions d’euros pour diffuser neuf matchs de Ligue 2 (deuxième division du championnat de France).

La chaîne qatarienne, qui était en lice pour 80 % des matches de Ligue 1 et 100 % des matches de Ligue 2, se contentera pour sa part de deux matches par journée de L2 (30 millions d’euros), le reste allant à Amazon pour 9 millions d’euros (plus le paiement des coûts de production, estimés à 25 millions d’euros). L’opérateur Free conservera, lui, le lot des extraits en « quasi-direct » pour 42 millions d’euros.

Au total, les clubs professionnels percevront la moitié de ce qu’ils auraient dû obtenir au moment de l’irruption de Mediapro (1,2 milliard d’euros), diffuseur défaillant dont l’incursion en France a tourné au fiasco. Mais ce retour en arrière, proche des montants obtenus lors du cycle 2016-2020, a des airs de soulagement pour le football français, très ébranlé par la pandémie de Covid-19.

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C’est surtout une entrée en grande pompe dans le paysage du foot hexagonal pour Amazon, qui s’est invité ces dernières années sur le marché des droits sportifs via sa plateforme Prime Video, acquérant par exemple certains droits TV du foot en Angleterre, en Allemagne et en Italie, ou encore des matches de tennis à Roland-Garros pour le marché français.

La stratégie du géant de la distribution en ligne vise principalement à favoriser les abonnements à sa plateforme Prime, service qui regroupe musique, films, séries, documentaires et coûte actuellement 49 euros par an ou 5,99 euros par mois.

Le choix de Canal+ (filiale de Vivendi) et d’Amazon, partenaires aux reins financiers très solides, devait être en mesure de redonner un peu de visibilité et de stabilité aux clubs, vu l’urgence de la situation.

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Le choix de Canal+ et Amazon, entériné vendredi après-midi par un vote du Conseil d’administration de la LFP, avait été privilégié au détriment d’un autre scénario où Canal+, beIN Sports et Free se partageaient la L1 et la L2 pour 595 millions d’euros annuels, plus des bonus.

La décision de la LFP fait suite par une décision vendredi matin de l’Autorité de la concurrence, qui a rejeté un recours de Canal+ contre les modalités de réattribution des droits laissés vacants par Mediapro, dégageant l’horizon juridique autour du dossier.

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Le Monde avec AFP