Football : le fonds souverain saoudien rachète le club de Newcastle et l’Arabie saoudite, son image

Des supporteurs de Newcastle United posent avec la statue de l’ancien manageur Bobby Robson devant le stade du club, à St James’ Park, à Newcastle-upon-Tyne, dans le nord-est de l’Angleterre, le 8 octobre 2021.

La magie marketing du football a opéré, jeudi 7 octobre. A l’annonce de l’acquisition de Newcastle United par le fonds souverain saoudien pour 300 millions de livres (353 millions d’euros), un supporteur est allé célébrer la nouvelle devant le stade habillé d’une djellaba et portant un masque de Mohammed Ben Salman, le prince héritier du royaume wahhabite. L’homme, qui est notamment accusé d’avoir commandité le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi en 2018, aurait-il pu rêver meilleure publicité ? Devant le stade, d’autres supporteurs scandaient en chœur « Nous retrouvons enfin notre club ».

Newcastle United, avant-dernier au classement de la Premier League, qui affiche quatre défaites et trois matchs nuls depuis début 2021, rejoint la liste des équipes de football qui servent à la fois de pion géopolitique et d’investissement financier. Le Paris-Saint-Germain (Qatar) et Manchester City (Abou Dhabi) en sont deux autres illustrations.

Lire aussi Avec Manchester City, Abu Dhabi s’est offert un joli coup de pub

Pour Amnesty International, il s’agit d’une opération de « blanchiment d’image » opérée par Riyad. « C’est une tentative évidente des autorités saoudiennes de laver par le sport, avec le glamour du football d’élite, leurs catastrophiques violations des droits de l’homme », estime Sacha Deshmukh, son directeur pour le Royaume-Uni.

Embarrassées, les autorités de la Premier League ont essayé de prendre leurs distances. Officiellement, l’Arabie saoudite n’a rien à voir avec l’acquisition. Celle-ci est effectuée par le Public Investment Fund (PIF), le fonds souverain du pays, l’un des plus importants au monde, qui, fin 2020, gérait 350 milliards d’euros. La Premier League l’affirme : elle « a reçu les assurances légales que le royaume d’Arabie saoudite ne contrôlerait pas le club ». Amanda Staveley, une Britannique – par ailleurs ex-petite amie du prince Andrew –, qui a rendu l’accord possible et siégera au conseil d’administration de Newcastle United, affirme la même chose, dans un entretien à la BBC : « PIF est un fonds d’investissement autonome motivé par des décisions commerciales. »

Test de bonne conduite

La réalité est pourtant écrite dans les statuts du PIF. Son président est… Mohammed Ben Salman et son conseil d’administration comprend six ministres saoudiens. A l’évidence, le fonds est le bras financier du régime. L’acquisition a longtemps été gelée. En avril 2020, le PIF avait trouvé un accord avec le propriétaire sortant, le milliardaire britannique Mike Ashley. Mais, à l’époque, la Premier League avait refusé de donner son aval. Elle dispose en effet d’un droit de veto, les propriétaires des clubs devant passer une sorte de test de bonne conduite. Il est interdit d’avoir un casier judiciaire ou d’avoir été expulsé d’une fédération sportive.

Il vous reste 49.86% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.