Foto/Industria : à Bologne, la nourriture en images, gourmandes ou écœurantes

A Bologne, sous le spectaculaire plafond du palazzo Boncompagni, couvert de fresques peintes au XVIe siècle, une immense table est dressée : fruits et légumes de toutes les couleurs, carafes de vin et bouquets de céréales semblent inviter le visiteur à festoyer. Mais, à côté des assiettes, il n’y a que des cuillères. C’est la Palestinienne Vivien Sansour qui a mis la table, et l’oubli est volontaire : « En septembre, six prisonniers politiques palestiniens se sont échappés de leur prison de haute sécurité en creusant un tunnel à l’aide de leur cuillère, explique l’artiste. Ils ont été vite rattrapés, mais l’un d’eux a dit que cela valait le coup, ne serait-ce que pour goûter encore une fois aux fruits de la vallée. Pour moi, c’est une formidable histoire de liberté. »

De l’alimentation à la politique, il n’y a souvent qu’un pas. Et en particulier dans les territoires occupés, où l’accès aux champs d’oliviers fait l’objet d’une âpre lutte entre colons israéliens et cultivateurs palestiniens. L’artiste a fait de la nourriture le cœur de son œuvre, à travers son projet de Conservatoire des graines palestiniennes, qui vise à sauver de l’oubli et de la destruction les semences traditionnelles. Elle a aussi inventé une cuisine ambulante qu’elle promène à travers le monde entier, et qui a voyagé jusqu’à Bologne, pour cuisiner avec d’autres. Pour, comme elle le dit, « partager notre histoire, notre mémoire et notre culture, et trouver des espaces de créativité et d’amour au-delà des nationalismes. Manger est révolutionnaire ».

Installation de Vivien Sansour à la Foto/Industria de Bologne (Italie).

L’artiste est l’une des invités de la biennale Foto/Industria, festival créé par la Fondation MAST, un événement qui, depuis 2013, propose une dizaine d’expositions gratuites dans des lieux patrimoniaux de la ville autour du thème de l’industrie et du travail. Dans ce haut lieu de la gastronomie qu’est Bologne, capitale de l’Emilie-Romagne, le nouveau directeur artistique du festival, Francesco Zanot, a choisi, non sans audace, de consacrer son édition au thème de la nourriture.

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Toutes les facettes de l’alimentation

Le festival a beau être issu d’un groupe industriel, Coesia, spécialisé dans la mécanique de haute précision, les onze travaux artistiques présentés, historiques et récents, traitent toutes les facettes, même les moins reluisantes, de l’alimentation. Depuis son aspect convivial ou esthétique, comme dans les images noir et blanc chaleureuses captées par Bernard Plossu, jusqu’à son versant capitaliste et industriel, avec les images cliniques prises par le Néerlandais Henk Wildschut dans les fermes de haute technologie des Pays-Bas. « Ce n’est pas la cuisine qui m’intéresse, mais le fait culturel, confirme Francesco Zanot. L’alimentation touche à la politique, à la philosophie, à l’économie, à la géographie, à l’environnement… »

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