« Foundation », sur Apple TV+ : la série qui se veut aussi grosse que la galaxie

L’empereur aux trois âges de la vie, Brother Dawn (Cooper Carter), Brother Day (Lee Pace) et Brother Dusk (Terrence Mann), dans la série « Foundation » sur Apple TV+.

APPLE TV+ – VENDREDI 24 SEPTEMBRE À LA DEMANDE – SÉRIE

Publiée au moment où la guerre de Corée pouvait apparaître comme un prélude à l’extinction de l’humanité, la trilogie Foundation, du romancier Isaac Asimov (1920-1992), redessinait le destin d’un empire à l’échelle galactique. De quoi éveiller la convoitise des fabricants de séries du XXIe siècle, toujours à la recherche d’une épopée assez évidente pour s’imposer au plus grand nombre, assez complexe pour nourrir de nombreuses saisons. Il n’y a aucune raison – se disent-ils – pour que le succès de Game of Thrones reste une anomalie unique.

De fait, les dix épisodes spectaculaires de la première saison de Foundation présentent des traits qui seront familiers aux visiteurs de Westeros : certes, des vaisseaux plus rapides que la lumière ont remplacé les voiliers, mais ils relient des déserts écrasés de chaleur et des steppes boréales ; une monarchie absolue doit faire face à l’avènement de nouvelles religions et – bien sûr – la vraie menace vient des limbes de l’empire.

Foundation ne peut, néanmoins, être réduit au statut de simple ersatz. Ici, le lointain modèle n’est plus Shakespeare, mais la tragédie antique, une tragédie où la science a remplacé les caprices divins. Dans une adaptation qui prend d’immenses libertés avec le texte original, on retrouvera la figure centrale imaginée par Asimov, celle d’Hari Seldon (Jared Harris), mathématicien, inventeur d’une discipline nouvelle, la psychohistoire, capable de prévoir – et donc d’influencer – le cours des événements.

Architectures écrasantes

Au moment où la série commence, la galaxie est gouvernée par une « dynastie génétique » de clones reproduisant à l’identique le fondateur du régime (ils sont trois, un adolescent, un homme dans la force de l’âge et un vieillard, à incarner le pouvoir). Les premiers signes d’instabilité sont assez nombreux pour que les recherches d’Hari Seldon lui vaillent de graves ennuis avec l’empire. Après avoir échappé à la mort, il est condamné à l’exil en compagnie de ses fidèles, sur Terminus, planète désolée aux confins de la Voie lactée. C’est là qu’il établira la fondation qui, selon ses calculs, réduira à un millénaire, la période de chaos qui suivra l’effondrement, inévitable selon lui, de l’empire.

La série déroule une structure narrative austère, encore accentuée par les choix graphiques de la mise en scène, avec ses architectures écrasantes, son amour du vide interstellaire. Il fallait donc la peupler de créatures intéressantes. Deux jeunes femmes, la mathématicienne Gaal Dornick (Lou Llobell), et la gardienne de Terminus, Salvor Hardin (Leah Harvey), portent le poids de l’héritage de Seldon (à qui les ressources de la science-fiction permettent d’échapper à l’évaporation que les ans et les accidents semblaient lui promettre), pendant que, dans le labyrinthe des planètes, émergent des personnages secondaires mémorables, comme la servante robotique de la dynastie (Laura Birn).

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