« France 2030 » : « Ce plan doit cibler les bons actifs technologiques pour avoir des effets tangibles »

Tribune. Le président de la République a présenté, le 12 octobre, un plan d’investissement de 30 milliards d’euros en faveur des industries d’avenir. Ambitieux, mais forcément limité, ce plan doit cibler les bons actifs technologiques pour avoir des effets tangibles.

Jusqu’au dernier moment, le contenu du plan France 2030 aura été tenu secret. Annoncé dès juillet mais dévoilé seulement à la mi-octobre, il décline un effort d’investissement de 30 milliards d’euros, soit 1,3 point de PIB, en 10 objectifs. C’était inespéré, après un premier plan de relance de 100 milliards.

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Dans le « monde d’avant », l’argent public était plus rare, et la priorité au désendettement plus pressante. C’est dire si, en révélant brutalement notre fragilité, la crise due au Covid-19 a bouleversé nos repères cardinaux. Plus que jamais, nous sommes dépendants de nos partenaires commerciaux pour nous approvisionner en produits de base, vitaux ou stratégiques ; plus que jamais, il faut réagir.

Ce ballon d’oxygène de 30 milliards, étalé de façon encore incertaine entre 2022 et 2030, doit cependant être considéré à la bonne échelle pour y associer des objectifs raisonnables. A elle seule, l’industrie française investit chaque année un peu moins de 100 milliards d’euros. C’est déjà beaucoup et, pourtant, on sait que des investissements supplémentaires seront incontournables pour réussir la double transition écologique et technologique de notre économie, et qu’ils seront colossaux à l’aune de l’état actuel des finances publiques.

« Effet pivot »

Premier exemple : pour honorer la stratégie nationale bas carbone, il manque dès à présent de 15 à 18 milliards d’investissement annuel en faveur du climat (l’effort actuel est estimé à « seulement » 46 milliards par an), sachant que la marche sera encore plus haute à partir de 2024. Deuxième exemple : pour que la France se mette enfin en conformité avec l’objectif de Lisbonne de porter son effort de recherche et développement à 3 % du PIB (contre 2,2 % aujourd’hui), il faudrait aussi que l’Etat et les entreprises augmentent leurs dépenses annuelles de R&D respectivement de 6 et 13 milliards.

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Il serait donc illusoire d’attendre qu’un plan public d’investissement assume, à lui seul et en une seule fois, tout le poids de ces transitions. Fort heureusement, cet effort s’inscrit dans un paysage qui n’est pas vierge : l’investissement est déjà là, tangible, et c’est précisément ce qui peut aider le gouvernement à orienter son soutien financier dans la bonne direction.

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