« France 2030 » : « La dynamique de changement se joue dans nos écoles de commerce et de gestion »

Tribune. La confrontation qui s’amplifie entre dirigeants d’entreprise et acteurs de la société engagés autour de l’indispensable mutation de notre modèle économique est figée sur deux lignes relativement incompatibles. Les entreprises considèrent qu’elles en font assez, voire beaucoup, et que n’étant ni récompensées ni protégées en matière de compétitivité, elles réclament qu’on les laisse « internaliser » les progrès environnementaux en fonction de leur propre capacité à en faire un avantage reconnu par les marchés.

Pour sa part, la société civile militante, très bien incarnée dans le discours du mouvement Impact France et des ONG historiquement porteuses d’une exigence de renoncement à toutes les activités polluantes ou non utiles, leur demande d’aller beaucoup plus vite et plus loin et de s’inscrire dans les grands engagements internationaux. Cette discussion sur le rythme et l’ampleur de la mutation est déterminante pour les générations nouvelles, mais mériterait de sortir de l’incantation.

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Les modèles scientifiques, ceux du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), de l’IPBES (plate-forme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques), sur l’évolution des revenus des ménages opposés à ceux des multinationales, offrent un premier cadre sur lequel les acteurs devraient s’entendre, comme la feuille de route 2030 autour des objectifs de développement durable, qui a été intégré par les Etats mais pas par les entreprises. C’est tout l’enjeu collectif de « l’économie responsable » qu’il faudrait bâtir dans le cadre multilatéral, non plus à la convenance de chaque Etat, mais à travers des accords qui encadrent les stratégies industrielles au lieu de courir après.

S’émanciper du modèle ancien

Trois catégories d’acteurs : les régulateurs, les entrepreneurs et leur système de formation sont dans ce cadre dépositaires de la responsabilité de mener à bien cette « mutation systémique » qui concerne des secteurs aussi majeurs que l’automobile, l’agriculture ou le ferroviaire. Car il s’agit tout autant d’une révolution sociale et sociétale qu’écologique et dont on sait qu’elle ne pourra réussir avec les méthodes anciennes. Même s’il est acquis que les pouvoirs publics devraient substituer la gestion du contrat au seul empilement des lois et que les dirigeants économiques devraient mettre au-dessus de leur mandat de performance la vision de leur utilité collective, cela n’ira pas assez vite pour s’émanciper du modèle ancien si on continue de l’enseigner comme la base de départ.

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