« France 2030 » : « La fiabilité et la coordination des institutions ont autant d’importance que la répartition des 30 milliards d’euros »

Tribune. Le plan « France 2030 » mis sur les rails par Emmanuel Macron suscite autant de débats que d’interrogations sur l’avenir. La transition énergétique, la réindustrialisation autour des nouvelles technologies et la santé constituent les trois axes d’un plan de modernisation sur une période allant de cinq à dix ans. La pandémie a dévoilé brutalement la pente dangereuse sur laquelle s’est engagé notre pays depuis plus de trente ans. La désindustrialisation (en 2021, la France possède 10,1 % de production manufacturière dans son PIB, contre 25 % pour l’Allemagne et 22 % pour la moyenne de l’UE), la dépendance de l’économie française vis-à-vis de l’extérieur, comme la perte de souveraineté de l’Etat constituent l’envers du miroir d’une mondialisation qui devait apporter le développement à tous. Dans ce contexte, faut-il considérer le plan « France 2030 » comme une rupture de pente, comme un nouvel élan qui ferait retrouver le chemin de la croissance ?

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Cette initiative est comparée à celle qui avait été menée dans les années 1970 par Georges Pompidou. Si un plan d’investissement prend appui sur la volonté d’un chef d’Etat, la réussite nécessite également l’articulation souple et efficace des opérations menées par les acteurs économiques. Les projets menés pendant les « trente glorieuses » (TGV, électrification du territoire, nucléaire, aéronautique, télécommunications…) ne doivent pas faire oublier le contexte institutionnel, dans lequel pouvoirs publics, acteurs privés et institutions bancaires étaient liés autour d’un modèle d’investissement unique au monde.

Les investissements ne reposaient pas seulement sur la planification ; cette dernière était intégrée avec soin dans une collaboration active entre le secteur public et le secteur privé. Certes, les grandes entreprises nationales tenaient une place importante, mais elles étaient structurées autour d’une règle de spécialité, qui limitait le champ de leurs activités. Contrairement à ce qui est souvent affirmé, elles ne cloisonnaient pas l’appareil productif français. La participation diversifiée de l’Etat dans le système économique pouvait être totale, partielle ou concrétisée sous forme de gestion déléguée.

L’expertise française

La France était experte dans ce domaine. Né sous l’Empire romain, plus précisément sous le règne de l’empereur Justinien (482-565), qui avait réuni un ensemble de législations dans un ouvrage laïc intitulé le Digeste, dans lequel Napoléon a puisé les éléments du code civil en 1804, ce système a été entretenu et amélioré sans jamais être abandonné. Remplacé depuis 2005 par les contrats de partenariat public/privé, il permettait d’assurer l’intérêt général sans négliger la part de profit destinée aux entreprises.

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