France 2030 : le discours en attendant la méthode

Emmanuel Macron à l’Elysée, lors de la présentation du plan France 2030, le 12 octobre 2021.

Analyse. Au milieu de quelques encouragements, le plan France 2030 n’a pas pu éviter un concert de critiques. « Trop peu », « trop tard », « trop flou », « des airs de déjà-vu », « saupoudrage de moyens », « nouvelles dépenses à la veille d’une échéance électorale » : ce florilège est objectivement excessif. La feuille de route annoncée le 12 octobre par Emmanuel Macron pour amorcer la reconquête industrielle du pays grâce à l’innovation mérite mieux, même si la copie reste inaboutie.

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L’accueil mitigé tient en premier lieu à une question de forme. Le monologue de deux heures prononcé par le chef de l’Etat a donné, une fois de plus, l’impression que le colbertisme n’est pas mort. L’innovation au XXIe siècle doit se nourrir de transversalité, de collaboration et de délégation, aux antipodes d’un top down présidentiel. De ce point de vue, la prestation n’a pas envoyé les bons signaux. Gênant, mais pas rédhibitoire.

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En revanche, il faut reconnaître à Emmanuel Macron le mérite d’avoir su donner du sens à France 2030 en l’inscrivant dans un projet sociétal. Il s’agit de répondre aux vulnérabilités que la pandémie a révélées, d’assurer la souveraineté et l’indépendance énergétique du pays ou encore d’accélérer la transition écologique. De ce point de vue, la prestation était aux antipodes de ses déclarations à l’emporte-pièce d’octobre 2020, lorsqu’il caricaturait les réticences à la 5G en les assimilant au « modèle Amish » et au retour à la « lampe à huile ». Diviser sur les questions de progrès et de technologie est contre-productif. Cette fois, il était essentiel que le chef de l’Etat propose une vision inclusive et utile de l’innovation. C’est un bon départ.

Stimuler la recherche

Second problème : l’opinion s’attendait à un nouveau train de subventions tous azimuts. Pour mieux se faire comprendre, le président aurait peut-être dû s’inspirer du surréalisme belge en annonçant la couleur dès le départ : « Ceci n’est pas un plan de relance. » C’est une phase d’amorçage de projets innovants, qui devront déboucher sur des ruptures technologiques là où la France a encore une carte à jouer.

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Beaucoup se sont demandé que peuvent bien peser ces 30 milliards d’euros consacrés aux microprocesseurs, au développement d’une filière hydrogène, à la mise au point de réacteurs nucléaires compacts, à l’exploration des grands fonds sous-marins ou à la relance de la conquête spatiale, alors qu’un seul de ces secteurs nécessiterait un financement avec un zéro de plus. Cette impression de « trop peu » est renforcée par le contexte post-Covid-19, dans lequel l’unité de compte n’est pas le milliard d’euros, mais la centaine de milliards.

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