France 2030 : «l’Etat doit investir dans les entreprises et une institution de long terme, pour construire des écosystèmes définis par le politique»

Tribune. « L’industrie japonaise du semi-conducteur est condamnée à devenir une note de bas de page si le gouvernement ne parvient pas à égaler les visions stratégiques de long terme établies aux Etats-Unis et en Chine » déclarait, le 19 octobre, Takayuki Kobayashi, nommé le 4 octobre, ministre pour la sécurité économique du Japon dans le nouveau gouvernement.

Doté de pouvoirs très larges, M. Kobayashi aura la lourde tâche de coordonner l’ensemble de la politique industrielle japonaise, au centre de la gouvernance d’un programme économique combinant trois très puissants ministères (commerce, finances et télécommunications).

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Que le Japon établisse en priorité une gouvernance forte de sa politique industrielle avant d’en préciser les détails ne devrait pas surprendre. En France, plus de dix ans après le lancement du Programme d’Investissement d’Avenir (PIA), il est difficile d’évaluer les réalisations concrètes des 57 milliards d’euros mobilisés. La Cour des comptes relevant dans un rapport du 14 octobre la complexité de ses structures de financement ainsi que le manque d’outils de suivi de son « équipe de taille réduite »avec le Secrétariat général pour l’investissement.

Absence de culture industrielle dans l’administration

Après une décennie de tâtonnements, l’avenir de l’investissement public en France, note amèrement la Cour, ne pourrait se passer de la définition par l’Etat d’une « politique globale de soutien à l’investissement » ainsi que la mise en place d’une « gouvernance adaptée ». Avec la disparition du Plan à la fin de l’ère Mitterrand, le pays démantelait les institutions soutenant sa politique industrielle, transférant vers le privé ses contingents d’administrateurs formés à la stratégie d’entreprise.

Il est donc peu surprenant que, une génération après cette disparition, l’Etat ne puisse parvenir à construire un plan d’investissement ambitieux sans en parallèle faire renaître sa capacité à rendre « lisible » les écosystèmes industriels. C’est dans ce vide que se sont engouffrés de nombreux acteurs, grands cabinets du privé, qui se sont substitués à cette fonction dans la constitution des investissements et programmes de l’Etat, avec parfois hélas un fossé entre les recommandations sur le papier et la mise en œuvre sur le terrain dû à cette absence de culture industrielle dans l’administration.

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Au niveau des opérateurs, la France s’est dotée avec la Banque publique d’investissement (Bpifrance) d’une fabuleuse instance d’interaction entre son appareil productif et l’Etat. Hélas, les investissements qu’elle réalise sont de plus en plus souvent confondus avec une véritable politique industrielle, oubliant que cette dernière ne peut se construire que via la construction d’écosystèmes au niveau macro, bien en amont du saupoudrage de fonds propres typique du capital-risque.

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