France 2030 : « Une large coupure subsiste entre économie et écologie »

Tribune. Deux plans, France relance, en septembre 2020, et France 2030, en octobre 2021, au risque d’une certaine illisibilité, ont été annoncés et des dizaines de milliards d’euros engagés pour soutenir la réindustrialisation et préparer le monde de demain.

S’il ne fait aucun doute que nombre de mesures annoncées vont dans le bon sens, ces deux plans sont-ils de nature à permettre la renaissance nécessaire de l’industrie française et, en même temps, à répondre à la priorité absolue que constitue la transition écologique ? Trois erreurs ou illusions pourraient obérer le changement de monde que les mesures adoptées sont supposées engendrer.

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La première erreur des plans présentés, qui peut aussi être considérée comme une illusion, est celle du « tout-technologie » : faire de la France la première puissance européenne de la tech, un objectif très difficile vu la très forte contraction de la part de l’industrie française depuis plus de vingt ans. Une très grande part des mesures annoncées mettent en leur centre les innovations dites de rupture. L’industrie du futur devrait être incarnée par les nouvelles technologies, le numérique, l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs, les biotechnologies, l’hydrogène vert, les énergies renouvelables.

Ces nouvelles technologies devront être visibles sous la forme d’objets industriels concrets, comme l’avion décarboné, les véhicules électriques, les batteries, les mini-centrales nucléaires mais aussi dans la santé et l’agriculture de demain, qui doivent s’appuyer sur les technologies industrielles les plus avancées.

Or, si les nouvelles technologies comptent, la « fée technologie », elle, n’existe pas, ou si elle existe, sa baguette magique doit être attentive à deux risques : les effets rebonds et un couplage insuffisant avec les compétences de ceux qui, par leur travail, donnent un sens aux nouvelles technologies.

La myopie des marchés

Les effets rebonds sont ceux qui dérivent directement de l’augmentation de l’efficacité des nouvelles technologies. Les innovations produites dégagent des économies permettant de consommer plus de produits ou de services. Loin de réduire la consommation, ces innovations génèrent une augmentation ou une diversification des usages, allant à l’encontre d’un développement durable basé sur une réduction ou une moindre hausse des volumes consommés.

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Les nouvelles technologies, à l’instar de l’informatique hier, ne se traduiront dans les statistiques de la productivité, de la croissance et du commerce extérieur que si ceux qui travaillent s’en emparent pleinement. Cela devra prendre la forme, à l’avenir, d’un très important effort de formation et de requalification si l’on ne veut pas que des centaines de milliers de Français, voire des millions, se sentent légitimement exclus des emplois de demain, sans accès à des conditions d’une vie décente.

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