« France, le fabuleux voyage », sur France 2 : à la recherche de l’histoire géologique oubliée de l’Hexagone

L’abbaye du Mont-Saint-Michel plantée au sommet du pic rocheux qui la porte, tel qu’il était il y a 300 millions d’années.

FRANCE 2 – MARDI 5 OCTOBRE À 21 H 05 – DOCUMENTAIRE

Sans son passé géologique, la France ne serait jamais devenue la première destination touristique au monde. Ni la patrie de centaines de fromages, de la cathédrale de Chartres, des châteaux de la Loire, des terrils des Hauts-de-France, du Mont-Saint-Michel… Mais qui y pense ?

Pour réhabiliter cet héritage naturel passé au second plan, derrière l’héritage technologique, industriel, architectural, artistique ou artisanal, le géologue Arnaud Guérin a eu l’idée de proposer au réalisateur Michael Pitiot de raconter en images cette autre histoire de la France. Celle de ces paysages familiers à tout un chacun tels qu’ils étaient 200 ou 300 millions d’années auparavant.

Voici les visiteurs de l’Arc de triomphe surplombant une gigantesque zone humide ; ceux du château de Chambord, les pieds dans l’eau ; les moutons du Cotentin effrayés par une éruption volcanique ; une chaîne de montagne de 8 000 mètres d’altitude en lieu et place du massif armoricain actuel… Le tout commenté par la voix de Philippe Torreton avec une certaine théâtralité. « Cette terre, c’était la France et cet air irrespirable son premier souffle », dit l’acteur.

Magie des effets spéciaux

Plutôt que de reconstituer ces paysages en images de synthèse, MM. Guérin et Pitiot ont préféré utiliser des images naturelles. Quitte à mettre trois ans pour les rassembler, comme ils l’expliquent dans le passionnant making of diffusé à la suite de leur documentaire. Sans renoncer pour autant à la magie des effets spéciaux, qui permet de placer les lieux archiconnus de la « France éternelle » dans les paysages d’il y a des millions d’années, comme repères anachroniques assumés. Ainsi de la séquence d’ouverture, où l’on voit l’abbaye du Mont-Saint-Michel plantée au sommet du pic rocheux qui la porte, tel qu’il était il y a 300 millions d’années : l’équipe de tournage en a déniché l’équivalent géologique en Islande, avec ses glaciers aux reflets bleutés et ses déserts noirs.

Au nord-ouest de l’Australie d’aujourd’hui, la mangrove s’apparente à celle qui occupait l’Ile-de-France

Le voyage dans le temps est lancé. La Nouvelle-Zélande a vu naître une chaîne de montagnes très récemment – à l’échelle géologique – en bord de mer. « On [y] passe de 0 à 3 700 mètres d’altitude », précise le réalisateur, comme en Bretagne il y a 300 millions d’années. Dans le bush australien, un lac de sel correspond à celui qui recouvrait le sol des Landes jadis. Et dans le nord-ouest de l’Australie d’aujourd’hui, la mangrove s’apparente à celle qui occupait l’Ile-de-France. « Me dire qu’il n’y aurait pas eu de cathédrale de Paris s’il n’y avait pas eu de mangrove me donne envie de connaître la suite », s’enthousiasme le producteur Thibaut Camurat.

Plutôt que de reconstituer ces paysages en images de synthèse, Arnaud Guérin et Michael Pitiot ont préféré utiliser des images naturelles.

Quelques nuances apparaissent. Les mines des Hauts-de-France ont un héritage géologique plus flagrant que les Landes, où l’homme a transformé le paysage obstinément. « Ce n’est plus un héritage, mais une victoire sur l’histoire naturelle », souffle Philippe Torreton, sans qu’on sache s’il regrette ou salue cette victoire…

« On se représente mal ce qu’une poignée de degrés peut changer… », soupire l’acteur en guise de conclusion. Une phrase qui aurait mérité d’être valorisée dans ce programme pédagogique et familial, à l’heure où l’on commence à prendre conscience de l’impact géologique qu’aura un réchauffement climatique d’une « poignée de degrés ».

France, le fabuleux voyage, documentaire de Michael Pitiot (Fr., 2021, 90 min). Suivi, à 22 h 30, de France, les secrets d’un fabuleux voyage, making of de David Perrier (Fr., 2021, 55 min). Disponibles sur France 2 et sur Lumni.