« Franco, le dictateur oublié », sur Histoire TV : une (trop) longue histoire espagnole

Francisco Franco (1892-1975), général puis dictateur, dirigea l’Espagne d’une main de fer pendant près de quarante ans.

HISTOIRE TV – MERCREDI 1ER SEPTEMBRE À 20 H 50 – DOCUMENTAIRE

Un documentaire de plus de trois heures consacré à un dictateur au charisme proche du néant ? Ne partez pas en courant. Contrairement aux apparences, ce programme divisé en quatre parties diffusées à la suite et consacré à Francisco Franco (1892-1975) vaut le détour. Pour la richesse des archives filmées et des dessins d’animation explicites. Pour la qualité des intervenants, historiens (britanniques, espagnols, allemands) ou militants antifranquistes qui ont connu la torture, l’exil, voire le camp de concentration nazi de Mauthausen en Autriche. Comment un petit homme timide et à la voix mal assurée a-t-il pu prendre le pouvoir mais surtout le garder durant quatre décennies ? En déroulant le fil des événements, le mystère Franco s’éclaircit un peu.

A seulement 22 ans, Franco fut le plus jeune capitaine de l’armée espagnole

A l’âge de 20 ans, ce fils d’officier élevé dans une ville de garnison, élève moyen formé à l’Académie militaire de Tolède, part rejoindre l’armée au Maroc. Sa brutalité sur le front est rapidement soulignée. Une brutalité qui ne se démentira pas sur le terrain, que ce soit en 1933 lors du soulèvement des mineurs dans les Asturies puis pendant l’atroce guerre civile qui déchire l’Espagne et qu’il gagne avec ses phalangistes.

A seulement 22 ans, Franco fut le plus jeune capitaine de l’armée espagnole. Dix ans plus tard, il en deviendra le plus jeune général. L’homme ne boit pas, ne s’intéresse pas au sexe comme ses camarades officiers. « Un jour, un de ses soldats s’est moqué de lui alors qu’il donnait un ordre de sa voix aigrelette. Franco l’a abattu sur-le-champ ! », rappelle l’historien Antony Beevor. Grièvement blessé en 1915, il est rapatrié puis nommé chef de la Légion à Oviedo. Il y rencontre Carmen Polo (1900-1988), très pieuse et venant d’un milieu aisé, qu’il épousera en 1923. Une femme redoutable qui, tout au long de l’interminable règne de son « Paco », aura une influence décisive sur la politique du Caudillo.

Prudent et opportuniste

Ce qui frappe, c’est la manière habile, parfois chanceuse, avec laquelle Franco s’est débarrassé de tous ses rivaux potentiels. Prudent, attentiste, opportuniste, il sait jouer avec les hommes, les flatter ou les punir. Son admiration pour Hitler aurait pu lui être fatale après guerre, mais si Staline veut sa peau, les alliés anglo-saxons préfèrent faire des affaires avec celui qui constitue désormais à leurs yeux un rempart contre le nouveau danger communiste.

De fait, la guerre froide profite à Franco. Qui triomphe en mars 1959, lorsque le président Eisenhower en personne effectue une visite officielle à Madrid. Dans les années 1960, l’Espagne se modernise et une jeunesse éduquée, qui n’a pas connu la guerre civile, milite pour vivre enfin en démocratie. Mais la répression franquiste restera, jusqu’à la mort du dictateur en 1975, une terrifiante réalité pour des millions d’Espagnols.

Franco, le dictateur oublié, documentaire de Dagmar Rosenbauer et Andrea Mokosch (All., 2017, 4 × 52 min). Disponible sur le site d’Histoire TV.