François Champsaur, designer converti à l’écologie

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Publié aujourd’hui à 10h00

François Champsaur, sur la terrasse de son atelier, le 28 septembre, à Marseille.

Pour rejoindre sa « casita » de Majorque, qu’il ­restaure à pas lents depuis quatre ans avec des matériaux et des techniques insulaires, François Champsaur embarque sur un bateau à Marseille, son port d’attache. L’architecte d’intérieur et designer n’a pas attendu la pandémie pour diminuer son empreinte carbone. Il a déserté les supermarchés depuis quinze ans déjà, n’achète plus ses produits qu’en circuits courts et pratique la décroissance dans sa vie privée comme professionnelle, teintant d’un vert chlorophylle le mythique mantra des designers modernistes, « less is more ».

Après des années parisiennes à succès, entre aménagement de restaurants et d’hôtels de luxe (l’Hôtel du Ministère, le Café de l’Alma, le Royal d’Evian) et design en série limitée, il a fermé son agence du Marais et fait de sa maison avec vue sur la Méditerranée, à deux pas de la corniche Kennedy, son lieu de travail permanent et solitaire. Un petit refuge à l’esprit bohème, propre à héberger ses recherches sur une nouvelle manière de faire. Il y a installé un atelier de céramique et de dessins, et façonne dans son cabanon en contrebas sa vision d’un nouvel habitat de bord de mer.

« Une claque absolue »

Dans son jardin, il s’essaye à la permaculture, fort de ses connaissances acquises pendant son stage, en 2020, à la Ferme du Bec Hellouin, en Normandie. Cette expérience du vivant, vécue comme « une claque absolue », n’a fait qu’intensifier son envie de changer la donne, « de créer une nouvelle esthétique, de nouveaux désirs, de nouveaux récits », dit-il en citant le réalisateur militant Cyril Dion.

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Dans le paysage du design français habitué à ne pas faire de vagues, la figure de François Champsaur détonne. Depuis près de trois ans, le voilà parti en croisade écologique avec la ferme intention de sortir des modèles de création et de fabrication habituels pour défricher d’autres territoires, plus cohérents avec sa prise de conscience d’un nécessaire retour à la nature, à la simplicité, au bon sens. Tant pis s’il s’est fâché avec une partie des architectes et des designers de sa génération, dont il déplore la résistance au changement et qui, pour beaucoup, le considèrent comme un extrémiste. Il n’est pas prêt à baisser les bras, malgré l’étendue des dégâts et de la tâche.

« Je sais parfaitement que dans toutes expérimentations, même si ce n’est pas parfait à la sortie, il y a cette espèce de joie du bricolage, de chercher des trucs qu’on ne connaît pas, j’avais cette intuition qu’il fallait que je suive cette voie… »

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