Francophonie : « Québécois et Européens doivent soutenir le français à l’université »

Tribune. L’anglicisation du monde universitaire est en marche. C’était déjà le cas dans le domaine de la recherche. Depuis quelques années, les universités françaises, belges et suisses se tournent vers l’enseignement en anglais, surtout aux cycles supérieurs. Elles se donnent aussi des raisons sociales anglaises qui ne manquent pas de faire sourire les Québécois.

Dans un monde où l’anglais est devenu la lingua franca, cette évolution est-elle souhaitable ? Inévitable ? Au contraire : il est possible et même stratégique de continuer à faire vivre le français à l’université. Les universités québécoises francophones en font la preuve tous les jours en attirant des étudiants et des professeurs de partout dans le monde pour étudier et travailler en français, ce qui ne nie pas que la tentation de l’anglais s’y fait aussi de plus en plus sentir.

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Voilà pourquoi Québécois et Européens, de concert avec le reste de la francophonie, doivent déployer de réels efforts pour soutenir le français à l’université. Commençons par écarter une objection facile. Evidemment, nous ne pensons pas qu’il soit possible de faire des recherches, de former les étudiants ou de rayonner en français seulement. Dans notre université, nous accueillons à l’occasion des chercheurs qui s’expriment en anglais. Dans les congrès scientifiques et à travers nos propres publications, nous intervenons volontiers dans la langue qui sera comprise par le plus grand nombre.

Francophone mais bilingue

Qu’ils se destinent à la recherche, à la fonction publique, au journalisme ou au monde des affaires, nos étudiants devront être bilingues. Il est impossible aujourd’hui d’avoir accès aux grands débats, découvertes et marchés de ce monde sans une solide connaissance de l’anglais. Et, devrait-on les y encourager, d’autres langues encore. Pourtant, il y a de bonnes raisons de s’assurer que le français conserve une place de choix dans la communauté universitaire.

D’abord, le français demeure une langue importante de la recherche, surtout en sciences humaines. Certains des auteurs les plus cités à l’échelle internationale, comme Simone Weil (1909-1943) ou Thomas Piketty, auraient produit une œuvre tout à fait différente s’ils l’avaient pensée dans leur langue seconde. La langue n’est pas un simple outil de communication. Elle charrie avec elle des concepts, des idées et des courants de pensée. Penser dans une langue, c’est penser d’une façon singulière. C’est vrai pour le français comme pour les autres langues.

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