« Frank Capra, une vie comme un scénario », sur France Culture : le maître du « feel-good movie »

Le réalisateur américain Frank Capra, à droite, avec Frank Sinatra, pendant le tournage de « Hole in the Head », le 12 decembre 1958, à Hollywood en Californie.

FRANCE CULTURE – A LA DEMANDE – PORTRAIT DOCUMENTAIRE

Il y a trente ans, le 3 septembre 1991, le réalisateur américain multi-oscarisé Frank Capra mourrait à l’âge avancé de 94 ans. Heureux, reconnu, respecté, riche. Vingt ans auparavant, il avait écrit son autobiographie, The Name Above the Title (« le nom avant le titre » Da Capo Press, 1971). Un clin d’œil pour rappeler qu’il était l’un des seuls réalisateurs, avec Alfred Hitchcock, à voir son nom apparaître au-dessus du titre du film sur les affiches et les génériques.

Pourtant, quand sort en 1946 La vie est belle, l’un de ses plus fameux films – et son préféré personnellement, encore diffusé chaque année à la télévision américaine (et française) au moment des fêtes de fin d’année –, il ne fait pas recette. Cette fable sociale qui finit bien, avec son sens précis du comique et de la dramaturgie, est le récit métaphorique de sa propre vie.

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Capra naît en Sicile en 1897. Il débarque aux Etats-Unis en 1903, à 6 ans, à Los Angeles (Californie). Il croit au rêve américain et le vit : il sera le seul de sa fratrie à faire des études. Diplômé de chimie en 1918, il devient scénariste pour les courts-métrages burlesques de Mack Sennett, qui a fait tourner entre autres Charlie Chaplin et Buster Keaton. Sa fructueuse collaboration avec le comique Harry Langdon lui ouvre les portes de la réalisation.

Des contes sociaux

Les succès s’enchaînent : New York-Miami (1934) remporte l’Oscar du meilleur film ; L’Extravagant Mr. Deeds (1936), celui du meilleur réalisateur ; Vous ne l’emporterez pas avec vous (1938), un nouvel Oscar du meilleur film et du meilleur réalisateur. Monsieur Smith au Sénat (1939) est un tel triomphe qu’il fait de Columbia Pictures, alors un studio « miteux qui fait des petites productions pas très chères », la rivale de grands majors comme Paramount ou Warner.

Dans ces années 1930, où les Etats-Unis sont en proie à la Grande Dépression, Capra met en scène des contes sociaux où l’éthique et la solidarité l’emportent pour renverser les situations les plus désespérées. A partir de son autobiographie et avec l’éclairage enthousiaste de trois historiens du cinéma, Perrine Kervran retrace avec gourmandise le parcours du maître du feel good movie, qui inspirera des cinéastes comme Steven Spielberg ou Oliver Stone.

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Les riches extraits de film, ainsi que les commentaires de la scénariste Baya Kasmi (Le Nom des gens, 2010, Hippocrate, 2014) et de Christian Viviani, coordinateur et rédacteur de la revue de cinéma Positif, apportent des perspectives plus cinématographiques. Un regret cependant : le passage sur l’ambivalence des convictions politiques de ce véritable propagandiste de son pays d’adoption aurait mérité plus de développements.

Frank Capra, une vie comme un scénario, portrait documentaire de Perrine Kervran, réalisé par Christine Diger, pour l’émission « Toute une vie » (Fr., 2016, 58 min), disponible sur franceculture.fr