Gaël Perdriau : « Emmanuel Macron fait preuve d’un cynisme sans borne sur l’accueil des Afghans »

Emmanuel Macron, lors d’un sommet du G7 en visioconférence sur la situation en Afghanistan, à Paris, le 24 août 2021.

Voilà un peu plus d’une semaine que Kaboul est tombée entre les mains des talibans. Ceux-là mêmes que les Occidentaux, avec l’aide du peuple afghan, avaient chassés du pouvoir, en 2001. Les mêmes qui offraient hospitalité et protection à tous les groupes de terroristes islamistes, rendant possibles les attentats du 11 septembre 2001, sont de retour aux manettes.

Cherchant à instaurer une théocratie, ils ne sont pas porteurs d’une opinion digne du débat politique. Ce que les talibans portent est une vérité révélée ne souffrant, de manière logique, aucune contestation. Penser autre chose revient à s’aveugler complaisamment sur la nature même de leur vision de la société.

Admettons un instant qu’ils aient changé, alors existe-t-il une manière évoluée de considérer une femme comme un être inférieur ? Si nous savons qu’en France la condition féminine est un combat qui appelle encore de nombreux efforts, alors que devons-nous penser pour l’Afghanistan, qui vient de faire un bond en arrière de plusieurs siècles ?

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C’est au nom de ces principes qu’en tant que maire de Saint-Etienne, fidèle à cette tradition d’accueil jamais prise en défaut, comme ce fut le cas en 1936 avec les républicains espagnols, en 1992 avec les Bosniaques fuyant la guerre dans les Balkans, ou en 2015 avec les Syriens s’échappant du piège de Daech [acronyme arabe de l’organisation Etat islamique], j’ai décidé que nous devions accueillir, une fois encore, dans le respect de la dignité humaine, conformément aux valeurs républicaines, autant de personnes que possible.

Contrat social affaibli

Bien entendu, je ne suis pas naïf, il est illusoire de croire que nous pourrons accueillir tous les réfugiés afghans, dès lors que leur statut est établi avec certitude, mais il est incohérent de se réclamer de certains principes si nous ne sommes pas en mesure de les appliquer voire de les défendre. Un principe ne peut être invoqué en fonction des besoins. Transiger avec cela revient à saper le socle même de la République et donc à affaiblir notre contrat social.

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L’accueil doit être coordonné au niveau européen car la France ne peut, seule, faire face à cette situation qui concerne des milliers de personnes. Nous devons nous montrer aussi extrêmement vigilants, sans céder à une forme de psychose, sur les personnes que nous accepterions sur le sol national.

Il est évident qu’une question est désormais clairement posée. Pourquoi avons-nous été surpris par une situation dont les contours étaient connus depuis longtemps ? Or, précisément, ce qui est frappant dans la manière dont les événements se déroulent, c’est l’amateurisme dont font preuve les responsables politiques américains qui, après avoir négocié avec les talibans leur retour au pouvoir, semblent surpris à la fois par la rapidité avec laquelle ils ont emporté Kaboul et tout le pays, et par leur attitude agressive envers ceux qui, depuis vingt ans, ont essayé d’œuvrer pour la construction d’un Afghanistan moderne, démocratique et libre.

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