« Game Lover », sur Arte Radio : l’amour virtuellement réel dans les jeux vidéo

Dans « Game Lover », Annabelle Martella et Emilie Mendy ont imaginé la trajectoire de trois jeunes adultes qui découvrent, via un jeu en réseau imaginaire, ce que pouvaient être leurs désirs.

ARTE RADIO – À LA DEMANDE – SÉRIE

« Moi j’aimais trop voler, je me prenais pour une fée, mais parfois il y avait pas mal de trafic et je me prenais des vaisseaux dans la gueule. » A écouter l’épisode 1 du nouveau podcast d’Arte Radio, « Game Lover », on a d’abord craint de ne pas être tout à fait dans le cœur de cible – les jeunes adultes. D’autant que l’univers des jeux vidéo nous fut de tout temps bien étranger. Sauf qu’il s’agit d’amour, encore et toujours, et que le travail ici réalisé vaut largement un détour dans les mondes parallèles.

Au départ, c’est une histoire d’amitié née sur les bancs d’une école de journalisme. Celle d’Emilie Mendy, qui tient la chronique mode « Dress code : street » sur Mouv’, et d’Annabelle Martella, qui pige à Libération. Après avoir travaillé sur la prostitution des jeunes filles sur Snapchat pour la société de production Premières Lignes, elles ont eu envie d’explorer l’amour dans les jeux vidéo et ont pour cela lancé un appel à témoignages.

Très vite, elles ont opté pour un podcast qui ne soit pas un documentaire mais une fiction. La fiction permet une plus grande liberté, et d’imaginer des réponses aux questions posées : quel rapport entretient-on avec son avatar et que dit-il de nous ? Comment peut-on tomber amoureux dans un univers parfois violent ? Et si – au risque de reproduire des clichés bien réels – ce chevalier venu nous sauver sur son beau cheval blanc était l’homme tant attendu ? Nombreuses sont les histoires virtuelles à s’être concrétisées jusqu’à prendre des allures de contes de fées contemporains – « ils-se-marièrent-et-eurent-même-des-enfants ».

« Remuscler la narration »

Pour les deux jeunes femmes, il s’agissait de donner à comprendre ce type d’amour virtuel/réel. Pour ce faire, elles ont donc imaginé la trajectoire de trois jeunes adultes qui découvrent, via un jeu en réseau imaginaire, ce que pouvaient être leurs désirs. Ainsi de Léa qui prend conscience de l’inanité de son couple alors qu’elle tombe amoureuse d’un avatar féminin (épisode 1) ; d’Erwan, mage bourru prenant plaisir à combattre au côté d’une guerrière elfe (épisode 2), ou encore de Morgane et de son premier potentiel amour (épisode 3).

Elles ont ensuite confié leur texte à Sabine Zovighian – qui a réalisé pour Arte Radio les remarquables « De guerre en fils » (2016) ou « Les Chemins de désir » (2019). « Il y avait quelque chose de frais, une belle oralité dans le texte de départ que je n’ai pas voulu abîmer, explique-t-elle, même s’il a fallu remuscler la narration. A la radio, il faut des récits bien charpentés, bien structurés. »

Sur une musique originale de Mondkopf, Samuel Hirsch s’est, quant à lui, occupé de tout le « sound design » pour faire vivre ces mondes. D’où cet objet joliment hybride, plus proche sans doute de la fiction que du documentaire. Plus onirique et poétique aussi.

Game Lover, série écrite par Annabelle Martella et Emilie Mendy, réalisée par Sabine Zovighian et Samuel Hirsch (Fr., 2021, 3 x 20 min). Disponible à la demande sur Arte Radio.