« Gamification » de la Bourse : « Ces fonctionnalités altèrent-elles le jugement des clients ? »

Tribune. L’autorité américaine des marchés financiers (SEC) a lancé une consultation (Request for Information and Comments on Broker-Dealer and Investment Adviser Digital Engagement Practices), pour comprendre jusqu’où on a poussé le côté ludique. Elle a compté neuf fonctionnalités issues des jeux vidéo : on y offre des prix, on y montre des roues de la fortune, on y présente des tickets à gratter, on y représente des machines à sous ou des billets de loto à l’occasion d’une ouverture de compte.

Ces plates-formes numériques offrent des prix (action gratuite, cash, accès à des fonctionnalités supplémentaires, abonnement gratuit à des informations financières exclusives) aux investisseurs. On peut, comme client, être « scoré » par rapport aux performances de son portefeuille, on peut participer à des concours qui simulent un portefeuille pour se faire une réputation dans la communauté des clients. On reçoit des badges qui rendent cette réputation visible.

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Il y a les notifications pour vous inciter à être actif sur l’application, en indiquant des mouvements à la baisse ou à la hausse de certaines actions ou pour vous rappeler que vous n’avez pas accédé à la plate-forme depuis plusieurs jours. Il n’est pas possible de se désabonner de ces notifications qui arrivent en salves par SMS ou par notifications sur le mobile, même verrouillé.

Des incitations pour investir

La SEC a même détecté sur certaines applications des animations festives qui célèbrent le client qui a fait un achat (avec un feu d’artifice ou des confettis qui illuminent l’écran). Ne parlons même pas des fonds d’écran qui varient du rouge au vert selon les performances de votre portefeuille. Si l’écran vire au rouge, l’application s’empresse de présenter des infos au client pour l’inciter à « se refaire ».

Certaines plates-formes présentent des idées pour investir, un peu comme lorsque vous allumez Netflix, sans savoir ce que vous allez regarder. A cela s’ajoutent les robots qui sont là pour vous assister et prodiguer des conseils « automatiques ».

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Contrairement aux banques, les start-up américaines qui proposent ces plates-formes de bourse et les applications associées n’ont souvent intérêt qu’à encourager à ouvrir des comptes, à les alimenter et à boursicoter ou simplement à maintenir le client actif, car ces sociétés sont valorisées en nombre d’usagers actifs.

La gamification a des vertus éducatives

Mais quelles sont les fonctionnalités qui s’assurent que le client investit au mieux de ses objectifs et des risques qu’il est prêt à prendre ? Ces applications n’hésitent pas à convaincre le client américain d’investir dans des produits financiers complexes, ou utiliseront des interfaces qui ne permettent pas, à dessein, de clairement exprimer sa préférence (ce qu’on appelle aux USA les « dark patterns »).

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