« Ganesh Yourself », une expérience insolite sur les formes inexplorées que Dieu pourrait prendre aujourd’hui

Le robot Bappa incarne Ganesh, dieu indien à tête d’éléphant.

L’anthropologue Emmanuel Grimaud, médaillé de bronze du CNRS en 2011, s’intéresse aux frontières de l’humain et de la technique. Habitué des terrains asiatiques, en particulier de l’Inde et du Japon, il a exploré des sujets aussi divers et originaux que l’organisation d’un studio de cinéma (Bollywood film studio, CNRS, 2004), la vie d’un sosie de Gandhi (Le Sosie de Gandhi ou l’incroyable histoire de Ram Dayal Srivastava, CNRS, 2007), l’anthropologie d’une fouille archéologique (« Archéologie et ventriloquie », in « Gradhiva », 2013) ou encore les techniques d’hypnose et les expériences de vies antérieures (« Renaître en temps réel », « Terrain. Anthropologie et sciences humaines », 2016).

C’est dans le cadre de ses recherches en robotique que ce chargé de recherche au Laboratoire d’ethnologie et de sociologie comparative (LESC) du CNRS a mis en place, avec son collègue Zaven Paré, l’expérience Ganesh Yourself menée en Inde. Celle-ci a consisté à créer un robot à l’apparence du dieu éléphant Ganesh permettant à quiconque d’incarner ce dieu ou d’avoir une conversation avec lui.

De cette expérience est sorti un documentaire, Ganesh Yourself (Arte, 2016), et l’ouvrage Dieu point zéro paru en juin (PUF, 232 pages, 24 euros), dans lequel le chercheur réfléchit comment une tentative de renouveler le divin rend propices des situations de métaphysique concrète, où se pose à chacun une question inédite : quelles formes encore inexplorées dieu pourrait-il prendre ?

En quoi consiste l’expérience « Ganesh Yourself », menée à Mumbai en 2014 avec l’artiste Zaven Paré, et qui a nourri votre ouvrage « Dieu point zéro » ?

Emmanuel Grimaud.- L’expérience Ganesh Yourself a consisté à créer une interface robotisée de Ganesh, dieu à tête d’éléphant parmi les plus populaires en Inde, qui permette à n’importe qui d’incarner ce dieu et d’avoir une conversation avec lui. On a baptisé le robot Bappa car c’est ainsi que l’on appelle couramment la divinité.

Concrètement, il s’agissait d’une machine tout à fait minimaliste, dont seule la trompe était animée par des senseurs. La machine était ensuite téléopérée par une personne incarnant Ganesh et dont le visage était retransmis dans le masque du robot via une webcam reliée par un câble.

Il s’est alors mis en place une sorte de jeu de rôle proche d’un test de Turing (test d’intelligence artificielle interrogeant la capacité de la machine à imiter la conversation humaine) entre l’opérateur, ou « incarnant », qui se mettait à la place de dieu, et l’interlocuteur qui testait la capacité du premier à bien incarner ce rôle – cet opérateur, posté à proximité du robot, n’étant pas caché.

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