« Garçon chiffon » : la jalousie, un vilain défaut très cinématographique

Nicolas Maury dans « Garçon chiffon » (2020).

CANAL+ CINÉMA – JEUDI 8 JUILLET À 20 H 50 – FILM

Avec son titre évocateur d’une chanson qui donne envie d’embrasser les rimes, Garçon chiffon fait partie de ces premières œuvres miroirs dans lesquelles leurs auteurs se mettent à nu, dans un exercice proche de l’autofiction.

Plus de vingt ans après ses débuts au cinéma, dans des films de Patrice Chéreau, Philippe Garrel, Emmanuelle Bercot, Olivier Assayas, Nicolas Klotz, Nicolas Maury – l’une des stars de la série de France 2 Dix pour cent – passe derrière la caméra tout en incarnant le rôle-titre : Jérémie, acteur en crise, dont la jalousie et les enfantillages sont en train d’user le couple qu’il forme avec son compagnon, Albert (Arnaud Valois), un vétérinaire.

Garçon chiffon navigue dans un burlesque dépressif, aux accents de film muet. Le réalisateur nous conte la jalousie comme une fiction entêtante que l’on se fait dans la tête. Et c’est une belle idée d’avoir imaginé qu’un vilain défaut devienne à ce point cinématographique.

Le réalisateur assume son narcissisme. Son personnage est de tous les plans, sous ses recoins les plus sombres. « Mes disques sont un miroir/Dans lequel chacun peut me voir/Je suis partout à la fois/Brisée en mille éclats de voix », chantait France Gall, dans Poupée de cire, poupée de son (1965).

Retour aux origines

Jérémie se mire dans son reflet, à la recherche de sa masculinité. Il a besoin de recoller les morceaux et va quitter Paris, loin de son amant qui le rend fou. Comme dans la comptine détournée par Gainsbourg, Ce grand méchant vous (1962) : « Promenons-nous dans le moi/Pendant que le vous n’y est pas/Car si le vous y était/Sûrement il nous mangerait. »

Dans Garçon chiffon, c’est un autre tube, Marilyn & John (1988), de Vanessa Paradis, qui, le temps de quelques couplets, nous fait remonter à l’enfance du personnage, lors d’une scène des plus troublantes. Fuyant la capitale, Jérémie au pull orné de moutons rentre au bercail : il rejoint sa mère, Bernadette (Nathalie Baye), qui vit dans le Limousin, où il compte travailler un rôle pour le théâtre. Ce retour aux origines, ainsi que la résurgence de souvenirs, opère une forme de catharsis. Ceux qui aiment Jérémie prendront le train…

Dans son périple intime, et professionnel, Nicolas Maury souligne la dureté du cinéma, l’hypocrisie, les fausses promesses, organisant un défilé d’acteurs connus : Jean-Marc Barr en réalisateur mielleux annonçant à Jérémie qu’il n’est pas retenu dans son prochain film ; Laure Calamy en cinéaste qui pète les plombs, dans un crescendo sublime ; Isabelle Huppert faisant une apparition, la nuit venue, à la sortie d’un cinéma de quartier où « repasse » Noce blanche (1989), de Jean-Claude Brisseau. Parce qu’il ne s’appesantit jamais, s’étoffe de beaux seconds rôles – Théo Christine – et s’aventure dans le fantastique, Garçon chiffon séduit par sa fantaisie mélancolique.

Garçon chiffon, de Nicolas Maury. Avec Nicolas Maury, Nathalie Baye, Arnaud Valois, Théo Christine (2020, Fr., 1 h 50).