Gatronomie : le barbecue s’aventure hors des sentiers carnés

Avec les beaux jours, les descendants des chasseurs sortent du bois, trop heureux de manipuler le gibier – débusqué, dans le meilleur des cas, chez le boucher – et de faire ronronner leur engin sophistiqué comme ils conduisent un SUV suréquipé. A dire vrai, on aimerait éviter de perpétuer le cliché de l’homme rôtisseur, du mâle maîtrisant la flamme, du fanfaron des tisons, du balèze ès braises, du pacha de la plancha… Mais la pratique du barbecue au féminin demeure une très rare exception. Comme si le mouvement de révolte contre la domination masculine avait épargné cette activité, volontiers érigée en événement festif et débridé, en rassemblement ludique et démocratique à défaut d’être toujours gastronomique.

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« L’histoire enregistrée dans les profondeurs de l’inconscient a pour certains gestes une mémoire extrêmement longue. C’est le cas de l’attachement des hommes au barbecue, qui pour cette raison n’est pas une activité culinaire comme les autres », observait le sociologue Jean-Claude Kaufmann, en 2005, dans Casseroles, amour et crises, ce que cuisiner veut dire (Armand Colin). « Dans de nombreux couples, elle peut donner l’impression d’une participation et d’une compétence masculines, sans que les prérogatives habituelles de la cuisinière en chef soient remises en cause. Les poses et forfanteries de l’homme réalisant des exploits culinaires peuvent avoir quelque chose d’exaspérant pour la discrète cuisinière habituée au don de soi quotidien. Ces caractéristiques ne sont pas imputables à une supposée nature, universelle et éternelle, mais elles résultent d’une trajectoire historique et d’un positionnement social. »

Ecole de cuisine spécialisée

Va donc pour cette répartition des tâches immuable et mutuellement acceptée, qui vient rompre avec la pratique culinaire ordinaire – dans laquelle l’implication masculine s’est néanmoins largement améliorée, surtout parmi les jeunes générations. D’autant que le succès de ces « BBQ parties », hier inspirées de la tradition américaine ou australienne mais désormais bien ancrées dans notre calendrier culinaire saisonnier, est loin d’être un feu de paille. Selon une étude BVA réalisée en janvier 2021 pour la marque américaine Weber, 75 % des Français ont fait des grillades ou cuisiné en extérieur, à la plancha ou au barbecue en 2020 ; 65 % de nos compatriotes, selon la même étude, possèdent un appareil et un tiers d’entre eux l’ont davantage utilisé dans l’année écoulée, principalement en raison du confinement.

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