Général Christophe Gomart : « Je ne suis pas sûr qu’imposer notre démocratie et ses valeurs fonctionne »

Le général Christophe Gomart, directeur de la sécurité, des risques et du management de crise pour Unibail-Rodamco-Westfield, dans les locaux de l’agence Majorelle, à Paris, le 7 octobre 2021.

À l’occasion de la diffusion, dimanche 10 octobre, sur France 5, du documentaire Le Prix du sang : vingt ans de guerres françaises, du réalisateur Alain Pirot et de Maximal productions, qui revient sur vingt ans d’opérations extérieures françaises, notamment à travers le témoignage de plusieurs anciens ministres de la défense et de François Hollande, le général Christophe Gomart, ancien patron des forces spéciales (2001-2013) et directeur du renseignement militaire (2013-2017) – lui aussi témoin dans le film –, a accordé un entretien au Monde. Aujourd’hui dans le privé, il livre son regard sur ces années d’engagement français, que l’Elysée et l’état-major des armées disent désormais vouloir limiter.

Dans « Soldat de l’ombre » (Tallandier, 2020), vous écrivez que c’est en Afghanistan que les forces spéciales françaises ont acquis « leurs lettres de noblesse ». Au regard du départ chaotique des Etats-Unis cet été, diriez-vous toujours la même chose ?

Cela peut paraître paradoxal, mais quand les forces spéciales sont envoyées en Afghanistan par Jacques Chirac en 2003 en réponse à une demande des Etats-Unis, elles sont au nombre de 200, et c’est un effectif important au regard du dispositif américain. Avant, elles étaient juste employées de façon très épisodique et séparées : les marins d’un côté, les aviateurs ou les terriens de l’autre. L’Afghanistan a aussi été un vrai terrain d’aguerrissement pour le reste de l’armée française. Il n’y a certes jamais eu autant de morts [90 soldats ont perdu la vie entre 2003 et 2012]. D’un autre côté, les équipements, l’armement et les protections de nos soldats se sont progressivement modernisés.

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Après, le bilan militaire est une chose, le bilan politique et économique en est une autre. Autant, initialement, c’était une bonne chose d’accompagner les Américains et l’OTAN dans le combat contre les talibans, autant après 2012-2013, la question de la pertinence de cet engagement pouvait se poser. Il n’en demeure pas moins que si aujourd’hui on est un peu revenu au point de départ, pour moi, on a peut-être semé un germe qui encouragera certains Afghans à se rebeller face aux talibans. Reste à savoir si on sera là pour les appuyer. Là est la question.

En 2011, vous vous êtes retrouvé aux premières loges des arbitrages ayant conduit à la très controversée entrée en guerre contre la Libye. Vous êtes alors à la coordination nationale du renseignement (CNR), adossée à l’Élysée. Vous avez depuis écrit que vous aviez été tenu à l’écart des discussions. Que s’est-il passé exactement ?

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