Genre, couple, érotisme… A la rentrée, une partie de jambes en lire

LE SEXE SELON MAÏA

La sexualité appartient-elle au royaume du corps ou aux sphères de l’esprit ? Les deux, camarades. Elle mêle nature et culture, pratiques et théories − elle se déploie donc aussi naturellement au cœur d’événements pornographiques… que sur les étalages chargés de la rentrée littéraire. En effet, depuis quelques années (#metoo aura marqué un tournant), on remarque une réelle ferveur des autrices – et de rares auteurs – à s’emparer des questions de genre, de couple et d’érotisme. Les publications sont nombreuses, et le niveau, très inégal. Je me permets donc de vous aider à faire le tri.

« Réinventer l’amour », de Mona Chollet

Commençons par le mastodonte de la rentrée, incontournable, dont vous entendrez parler partout : comme d’habitude avec la journaliste suisse Mona Chollet, cet essai cumule un sujet imparable (« l’amour »), un traitement inspirant (« réinventer ») et une renversante facilité de lecture. La parution tombe pile dans l’air du temps puisque, quatre ans après #metoo, la question des violences sexuelles s’est (partiellement) déplacée vers les microviolences des couples fonctionnels. Les hommes et les femmes peuvent-ils vivre ensemble ? Si oui, comment déconstruire les mécaniques sexistes qui abreuvent nos idéaux romantiques ? C’est encore loin, la chute du patriarcat ? L’exacte même thématique se voit décortiquée depuis 2020 par la journaliste Victoire Tuaillon dans son excellent podcast « Le Cœur sur la table » (productions Binge Audio, déjà 10 épisodes passionnants).

Zones, 272 pages, 19 euros.

« Sortir de l’hétérosexualité », de Juliet Drouar

Pas convaincus par la stratégie Mona Chollet ? Très bien. Sortez les kalachnikovs, enfilez votre gilet pare-balles : l’activiste Juliet Drouar est de retour. Après son festival « Sortir de l’hétérosexualité », voici l’essai du même nom, qui se lit vite et vous délestera de quelques dents dont vous n’aviez de toute façon pas réellement besoin. Le propos archiradical n’empêche pas certains arguments de faire mouche. Je me permets de napper votre dimanche matin de ma citation préférée : « Toutes les personnes sont perdantes dans l’hétérosexualité. Et celles qui pensent “Ah non, moi ça va, je suis très contente” se trompent. » La messe est dite, je demande un verre de vin.

Binge Audio, 160 pages, 15 euros.

« Amours augmentées », revue « Terrain »

Peut-on tomber amoureux d’une intelligence artificielle ? D’une voiture de collection, d’un orgue dans une église, d’une plante ou d’un robot ? Une grosse dizaine d’experts répondent dans la revue d’anthropologie Terrain (semestrielle, malheureusement bien trop peu connue), sous la houlette de l’Institut des sciences humaines et sociales du CNRS. Les illustrations sont splendides, on apprend plein de choses, et on ressort émerveillés par notre capacité collective à aimer – de quoi récupérer un chouïa de foi en l’humanité (on en aura bien besoin pour affronter la présidentielle). Si vous voulez en savoir plus sur cette publication, une rencontre est programmée au Quai Branly, à Paris, avec certains des contributeurs, et ça se passera le 23 septembre.

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