« Géopolitique et géoéconomie du monde contemporain » et « Ramses 2022. Au-delà du Covid » : grammaires d’un monde post-Covid

Livres. La planète sort peu à peu de près deux ans d’une crise sanitaire sans précédent. S’il est encore trop tôt pour en évaluer toutes les conséquences, le « magma illisible du monde », selon la formule du philosophe Pierre Hassner (1933-2018) pour caractériser le début du XXIsiècle, est toujours plus opaque. Deux ouvrages, l’un prospectif, Ramses 2022. Au-delà du Covid, l’autre, Géopolitique et géoéconomie du monde contemporain, qui vise à déchiffrer la grammaire de la puissance et des conflits, permettent de mieux comprendre les réalités d’un monde déboussolé et les défis qu’il impose.

« Les grandes pandémies du passé ont toutes laissé des traces profondes sur l’organisation sociale et politique mais l’empreinte du Covid, sa profondeur ne se profileront que progressivement », relève l’ouvrage collectif Ramses 2022, dirigé par Thierry de Montbrial, président de l’Institut français des relations internationales (IFRI), et Dominique David, directeur de la revue Politique étrangère. « Après nous avoir, un bref été, fait rêver à l’éclosion d’un monde nouveau, la crise sanitaire mondiale nous renvoie à un programme inchangé : les questions de demain – nouveau dessin des puissances, organisation collective, maîtrise des technologies, prise en charge des problèmes transversaux… – sont celles d’hier en plus grave », est-il expliqué en introduction avant de souligner qu’« après le temps panique, le temps stratégique est de retour ».

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Les analyses des experts se concentrent sur trois grands enjeux : la sortie du Covid et ses multiples conséquences, le retour de la Russie avec sa gouvernance autoritaire trente ans après l’effondrement de l’URSS, et la relance partout dans l’arène internationale de la course à la puissance sous diverses formes, dont le conflit armé conventionnel. La dernière partie du volume traite avec pédagogie une trentaine de dossiers cruciaux de l’année à venir.

Les limites de la force

Le succès de l’offensive menée à l’automne 2020 contre l’Arménie par l’Azerbaïdjan, militairement soutenu par Ankara, pour reconquérir, après trente ans, l’essentiel de sa province sécessionniste du Haut-Karabakh, montre que la « puissance militaire peut encore produire des résultats politiques réels : gains territoriaux, renforcement d’un régime, prise d’ascendant stratégique dans une région », souligne Elie Tenenbaum, chercheur à l’IFRI. Il relève cependant que le retrait sans gloire des troupes américaines d’Afghanistan, quelques mois plus tard, « porte un message bien différent », notamment sur les limites de la force. « Ces deux cas extrêmes montrent comme il est difficile de définir la place de la puissance militaire dans la géopolitique des années à venir. Ni panacée ni désuète, la force armée jouera toujours un rôle-clé de levier aussi bien que d’arbitre dans la compétition stratégique », résume le chercheur.

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