George Kay, créateur de « Lupin » : « Présenter une image de la France au monde » loin de la carte postale

Le scénariste britannique George Kay, créateur de la série « Lupin » pour Netflix.Alice Londres - 2020

George Kay s’était déjà aventuré en France, pour le compte de Netflix, en travaillant sur la version hexagonale de Criminal (2019-2020), série transnationale. « J’ai pris beaucoup de plaisir à collaborer avec les équipes françaises », se souvient-il. Si bien qu’il n’a pas hésité quand la plate-forme et Gaumont, qui produisent Lupin, lui ont proposé de rencontrer Omar Sy pour réfléchir à une version moderne des aventures d’Arsène Lupin. En un déjeuner, le scénariste britannique, 42 ans aujourd’hui, qui avait contribué notamment à quelques épisodes de Killing Eve en 2018 (« une série qui, elle aussi, mêle crime et comédie », fait-il remarquer), a été « emporté par le charme et le charisme » d’Omar Sy.

En ce début de mois de juin, George Kay est à Paris (sur l’écran de l’ordinateur, il montre les poutres apparentes de son bureau comme preuve de résidence), où il interrompt pendant quelques instants l’élaboration de la suite des exploits d’Assane Diop pour revenir sur la gestation du personnage.

Peu au fait de l’œuvre de Maurice Leblanc (les Britanniques ont avec Raffles, personnage créé par E. W. Hornung, leur propre gentleman cambrioleur), George Kay a d’abord exploré « l’espace entre deux images » de la France. Celle du voleur aristocratique, séducteur et spirituel que proposaient les romans écrits au début du XXe siècle et celle que présente Omar Sy. Se faisant piéton de Paris, le scénariste a arpenté les beaux quartiers où sévit le cambrioleur, mais a aussi pris l’habitude de « prendre le métro au hasard, pour trouver les endroits où Assane a grandi ».

« Une malle aux trésors »

Telle « une pie voleuse », il a puisé dans l’imposant corpus des aventures d’Arsène Lupin pour répondre à cette question, qui se pose de manière récurrente à son personnage principal : « Qu’aurait fait Lupin ? », mettant la technologie contemporaine au service de manipulations concoctées il y a plus de cent ans par un romancier normand. « C’est une malle aux trésors qui sert à construire l’histoire d’Assane Diop », qui ne saurait se confondre avec celle de son modèle. « C’est un homme qui réussit, qui est compétent dans son métier, mais c’est aussi un père qui peine à assumer sa tâche, je voulais qu’on puisse s’y reconnaître, explique George Kay. Je ne voulais pas en faire un séducteur qui tombe toutes les femmes. »

Pour que son héros se meuve dans une France reconnaissable des deux côtés de la Manche ou de l’Atlantique, le showrunner s’est appuyé sur une équipe de coscénaristes, parmi lesquels François Uzan. Ce sont eux qui lui ont expliqué qu’il était peu vraisemblable qu’en France un scandale sexuel fasse tomber un puissant ou, plus prosaïquement, lui ont dit où pouvaient bien traîner les lycéens des beaux quartiers dans les années 1990. Le scénario et les dialogues ont été écrits en anglais et traduits, en ce qui concerne la deuxième partie, juste avant le tournage, par l’un des producteurs, Nathan Franck.

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